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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Vernissage vendredi soir à l’Ile Barbe d’une belle exposition croisée de deux grands peintres complices. A l’initiative de leurs deux fils.

Buffet et Couty Un duel fraternel

Bernard Buffet - Jean Couty, un sacré duo. Tout les oppose au fond. Et il fallait oser les exposer ensemble. Leurs fils, Nicolas et Charles, n’ont pas hésité. Belle complicité de ces deux garçons qui ont muri chacun à l’ombre d’un grand artiste. Et ils ont su mettre en évidence une fraternité entre deux oeuvres si différentes. Avec le concours de Lydia Harambourg, commissaire de cet évènement.
Couty le discret et Buffet le flambeur. Paradoxe car leur peinture est à l’opposé de leur personnage. Froide pour le flambeur, chaude pour le discret. Deux gestes. L’un dans le trait, les angles, la symbolique, léger presque, toujours simple. Alors que l’autre travaille au couteau, couleurs et matières, une rondeur, une densité. Fragilité et solidité mais deux forces, une profondeur. Deux résistants à la vague abstraite qui submerge l’après guerre.
Entre eux, une génération. Mais ils se sont souvent croisés, pour recevoir notamment ce fameux Prix de la Critique, Goncourt de la peinture à l’époque. Et ils ont tiré leur révérence dans les années 90. Suicide pour le cadet tombé en disgrâce. Mort tranquille pour l’aîné, salué par les hommages.
Un parisien et un provincial. Deux lignées, militaire et paysanne. Un élève des Beaux Arts et un architecte. Deux vies évidemment. Marquées par des figures. Couty vénère Courbet, Tony Garnier, Picasso le remarque. Buffet séduit Simenon, Cocteau, Pierre Berger et la chanteuse Annabelle. Un agité riche et célèbre, un paisible respecté et grand voyageur.
Mais ils ont un ancrage commun. Une douleur, celle de leur paradoxe sans doute. Une inquiétude, une spiritualité aussi. Et l’art de les faire vivre.
«Je ne crois pas en l’inspiration. Je ne suis qu’un besogneux», proclame Buffet, de son écriture anguleuse, à l’entrée de cette expo. Couty, lui, préfère le silence mais il aurait sans doute murmuré que l’inspiration est la clef, en soulignant que le travail permet de l’exprimer. Nuance.
Les deux se retrouvent dans ce musée Couty, face à cette Ile Barbe lyonnaise un peu mystérieuse.
Une soixantaine de toiles et des juxtapositions saisissantes. Des autoportraits d’abord, dessins et peintures qu’un demi-siècle sépare. Le plus jeune taquine la modernité, le plus vieux préfère l’émotion. Regards sur eux-mêmes qui illustrent le parcours de ces artistes. Jolis masques !
Saisissantes ces deux petits filles, des soeurs mais si différentes. Et surtout ces deux femmes, Christiane et Annabelle. Deux sensualités qu’il aurait peut-être fallu mettre face-à-face. Et puis il y a les deux «Corrida», les deux «Folles», ces deux New-York aussi. Toujours ce contraste saisissant entre deux gestes à la recherche d’une humanité insaisissable. Comme ces «Deux hommes dans une chambre» de Bernard Buffet, nus pathétiques qui répondent à une toile impressionnante de Jean Couty, «Les maçons».
Une exposition passionnante qui met en scène une sorte de duel artistique. Deux univers à la fois très proches et si lointains. Duel fraternel.

«Bernard Buffet et Jean Couty, parcours croisés» au Musée Jean Couty, 1 Place Henri Barbusse Lyon 9 Jusqu’au 14 avril 2019 du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Entrée : 6 euros.

Photo : «Deux hommes dans une chambre» de Bernard Buffet, face aux «Maçons» de Jean Couty.