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Cannes en direct !

Clôture, samedi soir, du 72e Festival de Cannes. Une belle année, selon Didier Courbon, «Eclaireur de la Culture» pour mytoc.fr qui, en quelques jours, a vu une dizaine de films. Il raconte et analyse.

«L’ambiance était bonne cette année. Une année sans polémique du style Netflix. Pas de critique non plus sur la sélection particulièrement brillante cette année. Ou sur l’absence des Américains qui étaient venus en force : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Quentin Tarantino, Sylvester Stallone… Une belle présence américaine d’autant qu’ils sont restés longtemps et qu’ils ont joué le jeu. Ce qui souligne, une fois de plus, le prestige de Cannes. Pas de rengaine non plus pour suggérer que c’est toujours la même chose ou qu’il y a un parti pris. Il faut dire que le niveau des films présentés était assez exceptionnel. 

Il n’y a que le Kechiche qui a fait un scandale, «Mektoub my love». Mais Cannes sans scandale ce n’est plus Cannes !

Thierry Frémaux, le délégué général, était très en forme, très à l’aise. Parfait dans son rôle de maitre des cérémonies. Très juste car il est présent, mais n’en fait pas trop, il sait s’effacer pour mettre en lumière les artistes. 

Ce qui m’a frappé, c’est l’unanimité à Cannes autour de Pedro Almodovar qui a créé la surprise. Unanimité à la fois sur le film lui même et sur le personnage. Il n’a pas eu la palme. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être qu’il ne collait avec cette empreinte sociale qui a marqué cette année le festival et qu’on retrouve dans le palmarès, mais aussi d’une façon générale dans le cinéma actuel où on privilégie les drames sociaux, la misère, les exclus, les migrants,  les minorités… «Parasite», la palme, mais aussi «Roubaix», «Bacurau», «Atlantique»…  Il y a, il faut le reconnaitre, un petit coté socialement correct. Ce qui témoigne d’une époque. Mais ce qui est aussi un peu pesant parfois. Quand on va au cinéma, on cherche aussi un peu de rêve, d’humour, de légèreté. 

Mais cela ne m’a pas empêché de voir d’excellents films. Comme «Les misérables» qui a décroché le prix du Jury. Et qui a été très applaudi. 

D’ailleurs, c’est le film qui m’a le plus marqué à Cannes cette année. Très bien fait. D’abord c’est un premier film, il faut le souligner. Un sujet pas forcément surprenant puisqu’on voit ça tous les jours à la télé : la révolte des jeunes dans les cités. Mais vue par trois policiers de la BAC, la brigade anti-criminalité. Trois personnages, très différents, trois regards. C’est ce qui fait la force de ce film. Cela permet de voir les cités différemment car on est immergé et on sent bien que ça se passe comme ça.

C’est cru, dur. Mais sans parti pris. Plus qu’un reportage, un vrai film. Bien joué, une scénario bien ficelé, des scènes très fortes. Des vraies scènes de cinéma. Et Il n’y a aucun discours moralisateur. D’ailleurs, on ne sait pas de quel coté se situer. D’autant que, de part et d’autre, ce sont les mêmes problèmes, les mêmes méthodes. Et au final, on se pose une question : où est la porte de sortie ? 

Un aveu : je n’ai pas vu la Palme d’Or. Samedi, j’ai hésité et j’ai préféré aller voir les Misérables. Je ne regrette donc pas. D’autant que «Parasite» sort en salle dans quelques jours. 

Il y a un autre film que j’ai beaucoup aimé, c’est «Le Traitre», qui raconte le démantèlement de la Cosa Nostra. D’autant qu’on sort de la thématique sociale. Bien filmé, bien documenté, remarquablement interprété… Film extraordinaire. Il aurait mérité le prix d’interprétation masculine !

J’ai également apprécié le film de Leila Suleiman. Un style loufoque, mélange de cinéma muet, de cartoon, un humour presque British, des scènes courtes, bien rythmées. Très drôle. Et de belles images, notamment de Paris.  

«Portait de la jeune fille en feu» est aussi un joli film, sensible, poétique. Un des seuls films sans violence. Tourné en Bretagne, au bord de l’eau. L’histoire de deux filles qui vont tomber amoureuses. Très belles images. C’est aussi ça le cinéma ! 

Mais le moment le plus fort, pour moi, c’était hier soir, après la cérémonie de clôture. Avec la projection non pas de la Palme d’Or mais d’un film hors compétition, «Hors Norme», qui porte bien son nom. Un moment fort parce que cela tranchait avec le coté formel de la remise des prix. 

Un film sur l’autisme. Très touchant parce qu’il met en scène des gens qui se battent et qui prennent en charge les autistes que les structures officielles rejettent. On est encore dans le social mais ce film rend très bien compte du malaise face à une réglementation qui bloque quand on sort des clous. Vincent Cassel et Reda Kateb sont remarquables. Un film très touchant qui a été ovationné pendant plus de dix minutes. Et il y a eu une vraie émotion  avec la présence dans la salle d’un des autistes qui joue dans le film accompagné d’aides soignantes. C’est un des plus beaux moments, pour moi, de ce 72e Festival de Cannes».  

Le palmarès 

Palme d’or : «Parasite» de Bong Joon-Ho 

Grand Prix : «Atlantique» de Mati Diop

Prix de la mise en scène : «Le jeune Ahmed» de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Prix du jury : «Les misérables» de Ladj Ly, ex-aequo avec Bacurau de Kleber Mendoça Filho et Juliano Dornelles

Prix d’interprétation masculine : Antonio Banderas dans «Douleur et Gloire» de Pedro Almodovar 

Prix d’interprétation féminine : Emilie Beecham dans «Little Joe» de Jessica Hausner 

Prix du scénario : Céline Sciamma pour «Portrait de la jeune fille en feu»

Mention spéciale : «It must be heaven» d’Elia Suleiman

Illustration : Emmanuel Prost (détail)