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«Changer le regard  sur la ventriloquie»

Tribune. Philippe Bossard est ventriloque depuis plus de 25 ans. Son ambition : moderniser l’image de cette discipline et l’ouvrir au théâtre. Un artiste à découvrir au Théâtre Astrée.

«J’ai découvert la ventriloquie à la télévision dans les années 70-75. J’avais une dizaine d’années. Avec des artistes comme David Michel et sa marionnette Nestor, Georges Schlik un Suisse innovant qui faisait parler des objets. Et Fred Roby qui fabriquait ses marionnettes en direct.  A cette époque, les artistes de music hall ne partageaient pas leur technique. J’ai donc appris seul. Des heures et des heures pour essayer de parler sans bouger les lèvres.  Il y avait deux questions qui m’interpellaient : qui parle quand on parle ? Et celui qu’on entend est-il celui qui parle ?  Ce n’est qu’en 1996, à 33 ans, que j’ai décidé de me lancer. Avant, j’étais animateur socio-culturel, ce qui me permettait de faire quelques spectacles en amateur. J’ai débuté comme professionnel à Lyon, dans un petit cabaret du premier arrondissement : «Le Chapeau qui claque». J’ai appris pendant trois ans le métier au contact du public. J’ai alors créé mes propres spectacles. D’abord dans le music-hall et le divertissement. Avant de m’interroger plus profondément sur cette technique, et de découvrir qu’elle avait plus de 3 000 ans d’histoire. On en parle dans la Bible avec la sorcière d’Endor. Puis au temps des oracles. Hippocrate considérait même la ventriloquie comme une maladie de la gorge ! Pour résumer, on est passé du religieux au charlatanisme puis au divertissement. Aujourd’hui, j’essaie de la faire évoluer vers l’univers théâtral, car je considère que c’est une technique de la parole. Elle touche à notre intime. Je suis un des rares à tenter de bousculer les lignes, car la ventriloquie reste, aujourd’hui encore, très liée à l’humour. On a tous en tête l’image d’un artiste qui fait parler une marionnette et qui enchaine les blagues. Je suis persuadé que la ventriloquie peut s’emparer d’un texte théâtral pour raconter quelque chose de fort.  C’est ce que j’essaie de montrer à travers mes spectacles, notamment dans «VentrilOque !». Avec Sébastien Joanniez, l’auteur, on a créé une auto-fiction mise en scène par Emilie Flacher et Nicolas Ramon. L’histoire d’un ventriloque qui fait le point sur sa vie en mobilisant un certain nombre de personnages qui ont jalonné son parcours, dont sa dernière marionnette qui s’appelle métastase. Malgré son nom, elle est très sympa et attachante. La ventriloquie permet de faire parler des figures, passées et présentes, pour interroger le monde dans lequel nous vivons. Dans ce spectacle, j’utilise la ventriloquie telle qu’elle était employée par les charlatans au 16e siècle. Une manière de tromper un peu le public, de jouer sur ses émotions.  La ventriloquie c’est l’intime. Elle apporte un éclairage sur ce qui est raconté. Je mène actuellement des recherches pour une nouvelle création. J’ai lu plusieurs textes de Novarina et Philippe Minyana que j’aime beaucoup et qui évoquent des voix qui ne sont pas présentes, donc à première vue ventriloquables. Pourtant, ça ne fonctionne pas toujours. Je ne peux pas forcement l’expliquer, c’est un ressenti. Toutes les écritures théâtrales ne conviennent pas. En revanche, j’ai découvert un texte de Fabrice Melquiot, «Le gardeur de silence», qui m’intéresse énormément. Les personnages interpellent des voix du passé, du présent et de l’avenir. Donc différentes voix qui parlent à l’intérieur d’une même personne.  Cette approche nouvelle me passionne. C’est pour ça que j’ai décidé de transmettre au public jeune et adulte. Non pas pour leur apprendre une technique et refaire ce qui existe déjà, mais pour qu’ils se l’approprient afin d’en faire quelque chose de plus contemporain. J’aimerai arriver à changer le regard sur la ventriloquie. A lui redonner des lettres de noblesse."   

«VentrilOque !» le 21 mars au Théâtre Astrée