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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Christian Thompson, délégué artistique de l’Auditorium de Lyon depuis trois ans, vient d’annoncer qu’il quittait son poste. Pianiste amateur et organiste, cet ancien agent d’artistes était en charge de toute la programmation. C’est aussi lui qui devait repérer le futur chef d’orchestre pour remplacer Leonard Saltkin. Un poste stratégique.

Christian Thompson L’homme clé de l’Auditorium

«Satisfaire tout le monde»
«Je suis responsable de l’orchestre mais aussi de tout ce qui est programmé dans la salle. Des centaines de concerts chaque saison ! Je travaille toujours avec deux ans d’avance. Une contrainte passionnante ! Je peux programmer du jazz, des ciné-concerts, des récitals… La difficulté : trouver le bon équilibre pour satisfaire chaque spectateur. On est aussi très attentif aux nouveaux publics. La saison passée, 4 000 personnes ont assisté au concert de Jeff Mills. C’était super ! Mais comment les faire revenir sur des propositions plus classiques ? C’est le vrai challenge.»

«Motiver les musiciens»
«Pour décider d’une programmation, j’écoute les envies des musiciens de l’orchestre. Je suis capable de bousculer ma programmation pour eux. On a une centaine de concerts par saison et près de 170 levés de rideau. Je pourrais proposer des classiques : la 9e de Dvorkak, la 6e de Tchaikovsky, la 3e de Saint-Saëns… On remplirait chaque fois la salle ! Il faut aussi trouver des chefs pour les diriger. Des chefs qui doivent les inspirer, les motiver…»

«Coups de coeur»
«Pour la musique de chambre, des concerts intimistes le dimanche matin, les musiciens me donnent leurs idées et je tranche. J’adore cet échange. Malheureusement, j’ai beaucoup plus de propositions que de places dans la programmation.
Chaque année, nous avons aussi un artiste associé que je choisis. C’est important de ne pas se tromper car il va travailler 3 à 4 semaines avec l’orchestre. Il faut être sur que les musiciens soient ouverts à cette collaboration. La saison précédente c’était Hilary Hahn. Cette fois c’est la violoncelliste Sol Gabetta. L’année prochaine Renaud Capuçon.
J’ai aussi mes coups de coeur. Cette année, le projet autour de Peer Gynt et Grieg est très intéressant. On a une vraie mise en scène avec un vidéaste, un comédien, un choeur… Les musiciens sont habillés en blanc et des images de films sont projetées directement sur eux. C’est important de trouver d’autres manières de présenter des concerts classiques. On programme aussi un concert dans le noir. Une expérience autant pour les artistes que pour le public !»

«Un mariage»
«Cette saison, ma priorité c’est de trouver le chef qui remplacera Leonard Slatkin qui dirige l’ONL depuis huit ans. J’ai invité beaucoup de nouveaux chefs. L’idée étant de voir s’ils peuvent être des «candidats» potentiels. Mais trois ont déjà trouvé un poste. C’est dommage. Mais ça me rassure car ça signifie que d’autres orchestres réputés les ont repérés. Et que j’ai plutôt bon goût !
Niveau timing, on a encore un peu de temps car Leonard Slatkin va assurer l’intérim comme directeur musical honoraire pendant trois saisons. On veut le profil parfait, c’est-à-dire un chef qui soit d’abord un bon musicien. Il faut aussi qu’il ait un bon feeling avec les musiciens. Il va travailler avec eux 14 semaines par an. C’est comme un mariage. Ils doivent s’entendre parfaitement pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Nos musiciens adorent Leonard Slatkin. Ça ne va donc pas être simple de le remplacer.
Pour trouver les meilleurs, je fonctionne au bouche à oreille. J’ai un réseau important avec de nombreux orchestres et directeurs artistiques dans le monde. J’échange régulièrement avec eux pour voir les chefs qu’ils ont invités, la manière dont ils travaillent, le succès de leurs concerts… Il y a aussi beaucoup d’agents qui me contactent pour me proposer leurs artistes. Mais je n’invite jamais quelqu’un si je ne l’ai pas vu jouer avant, soit sur vidéo, soit en concert.
J’assiste également à tous les concerts à Lyon. Je bouge en permanence pour voir la manière dont le chef interagit avec les musiciens. Le regard est quelque chose d’essentiel. C’est à travers le regard qu’on sent la passion d’un chef.»

«Le meilleur chef au monde»
«Le plus important ce n’est pas le concert mais les répétitions. En moyenne, un chef invité répète cinq fois avec les musiciens, soit environ 13 heures. Puis il enchaine avec deux concerts. C’est un long travail pour expliquer ce qu’il veut, ce qu’il cherche… Ce n’est pas simple de se retrouver face à une centaine de musiciens exigeants qui vont le tester. Riccardo Minasi est venu la saison dernière pour remplacer au pied levé Ton Koopman. Il devait reprendre deux symphonies de Haydn et un concerto de Beethoven. Pour un concert d’une heure et demie, il a répété 13 heures avec les musiciens. Il les a même fait chanter !
Ils ont adoré travailler avec lui. Ce chef a fait l’unanimité car il est fin, plein d’humour…
Après chaque semaine de travail, on fait un sondage auprès des musiciens. Parfois, ils sont déçus parce que l’intervenant parlait trop, n’arrivait pas faire passer ses intentions… A ce titre, Leonard Slatkin est le meilleur chef au monde. Il peut tout expliquer avec ses mains et sa baguette, sans avoir besoin de parler. Il demande beaucoup aux musiciens durant le concert. Il peut même les bousculer durant une représentation. Ça donne une énergie extraordinaire ! Mais la plupart des chefs préfèrent faire ce travail en amont pour éviter les mauvaises surprises. Parfois, ça crée des déceptions car le concert est à l’image des répétitions. Sans cette touche de magie.»

«Une famille»
«Notre orchestre est un des meilleurs au monde. Et je ne dis pas ça par prétention. Des musiciens qui s’entendent très bien, sans ego. Si un chef veut les pousser, il peut vraiment se faire plaisir mais il doit avoir quelque chose à dire.
Le problème aujourd’hui, c’est que la plupart des jeunes chefs sont beaux, ils dansent sur scène… Mais musicalement, c’est vide. Nos musiciens le sentent tout de suite. Ça arrive parfois qu’un chef ne s’entende pas du tout avec l’orchestre. C’est pour ça que je passe beaucoup de temps avec eux, en répétition. On a trouvé une façon de travailler très organique. Ça permet de se projeter dans l’avenir.»