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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Directeur du Collège Supérieur, qui est dédié à la philosophie, Bruno Roche a décidé de consacrer un cycle de réflexion à Baudelaire.

Cycle Baudelaire «Un acte militant»

Pourquoi avez-vous choisi Baudelaire ?
La saison passée, nous avions proposé un cycle dédié à Arthur Rimbaud. Il nous semblait logique, avec Alexandre Montagné, le professeur de lettres qui m’accompagne dans cette aventure, de poursuivre avec Charles Baudelaire, dont les célèbres «Fleurs du mal» ont largement inspiré Rimbaud.
Pourquoi programmer de la poésie ?
On est un lieu dédié à la philosophie mais on s’intéresse à la littérature au sens large. Et rien de ce qui est humain nous est étranger ! La poésie est un genre qui n’est pas très présent dans la vie culturelle car considéré comme difficile. D’ailleurs, la poésie est de moins en moins lue. Elle est même complètement en panne dans l’édition. C’est donc un acte militant pour le Collège Supérieur de mettre en avant ce genre littéraire.
Un choix risqué aussi !
Il faut accepter de ne pas toucher un large public mais de s’adresser à des convaincus qui cherchent à lire de la poésie et à la comprendre. On essaie de leur apporter des clés pour leur redonner goût à certains textes.
A titre personnel, vous aimez Baudelaire ?
Ce qui m’intéresse chez Baudelaire c’est qu’il prend son époque à bras le corps. Une époque sans idéale qui correspond assez bien au monde actuel, où le pragmatisme gouverne. Baudelaire regrettait cette société où dominaient les intérêts. Son analyse de la modernité correspond tout à fait à ce que nous sommes en train de vivre. Il nous semblait donc intéressant de le mettre en résonance. Car le spleen baudelairien a quelque chose de comparable à celui que nous connaissons aujourd’hui.
C’est très pessimiste !
Au contraire ! C’est sur fond de ce spleen que se sont développées, au XIXe siècle, les plus belles utopies politiques et sociales. Ce qui nous permet donc aborder l’avenir avec plus d’enthousiasme. Nous sommes en plein tournant civilisationnel. Avec une forte exigence de renouveau. Or, ce changement passe inévitablement par la culture. C’est paradoxal car on n’entend rarement parler de culture dans le discours politique. Alors que tout le monde s’accorde pour dire que la culture est essentielle dans la société. Mais on ne trouvera pas d’issue dans les cadres de pensées traditionnels. On a besoin d’un regard nouveau. Et c’est là où les artistes ont un rôle à jouer.