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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Belle soirée d’ouverture mercredi soir à la cathédrale Saint-Vincent de Viviers où le célèbre Quatuor avait invité un grand pianiste de jazz pour célébrer un centenaire, celui de la disparition de leur compositeur. Et leur vingtième «Cordes en Ballade».

Debussy jazzy

Debussy jazzy ? Improbable mariage ! Mais Christophe Colette a osé avec son quatuor. Trois violons, un violoncelle. Et au milieu, un bel intrus. Long Steinway qui a illuminé la soirée. Grâce à un jeune talent, Jacky Terrasson.
Même si on n’est pas un expert, même si n’est pas un «fan» de Debussy… Difficile de rester insensible à cette performance.
Une soirée pas comme les autres. A l’ombre d’une cathédrale qui affiche complet au coeur de l’Ardèche. Et un public, tout simple. Des oreilles d’abord et des sourires. Une fraicheur. Quelques mots en ouverture. Un élu à l’accent qui chante pour célébrer «la belle aventure» de Cordes en Ballade. 20 ans. De nombreux bénévoles, une poignée de mécènes. Et voilà. Le cap de la maturité. «Innovation et générosité», souligne Christophe Colette. Tout est dit.
Chemise banche et pantalon noir, violon en main. Il aura deux ou trois phrases bienveillantes. Un regard inspiré. Puis silence. On a alors droit au seul quatuor à cordes du maitre. En quelques séquences, les quatre musiciens vont faire revivre cet opus vif et coloré, tout en finesse, en précision. Et en profondeur. Une dynamique. Des corps en mouvement, rien à voir avec ces formations symphoniques, immobiles et raides. Debussy, ils le vivent ! Et puis, il y a Christophe. En première ligne. Chef d’orchestre. Il lit à peine sa partition. Toujours aux aguets. Un coup de menton, un regard, un geste à peine esquissé. Il entraine son quadrille. Une autorité douce, tout en nuance. Superbe !
Puis tout à coup, un petit bonhomme surgit de la sacristie, en costume sombre, chevelure frisée. Il s’assoit, écoute. Concentré. Imprégné par Debussy. Le Quatuor s’efface peu à peu. Et lui s‘infiltre dans le concert. Une note, un accord… Deux siècles se rejoignent.
Une formidable énergie, ce pianiste qui se faufile dans l’univers Debussy. Et un sens de l’improvisation assez magistral. Belle sensibilité aussi. Avec quelques moments forts. Comme cette composition «écrite pour ma mère» qui prolonge une Marseillaise et un standard de Gillespie.
Une occasion de souligner la modernité de ce compositeur qui s’est éteint à l’aube du 20e siècle. Un anti-conformiste qui a mis la liberté au centre de son oeuvre. Et le piano. Passerelle pour le jazz justement. Un rythme, une ouverture. Du ragtime au gospel, au blues jusqu’au free.
Ils auraient pu se livrer à une «battle». Mais non, ils s’accordent, s’accompagnent. Une vraie complicité. La magie de ce quatuor qui, à force de se frotter à d’autres talents, est devenu beaucoup plus que symphonique. Universel.
Et tout se joue dans une belle simplicité sous les voutes de cette cathédrale millénaire. Une plaisanterie pour détendre l’atmosphère, quelques notes suspendues… Couronné par des applaudissements.
Une belle soirée qui annonce un grand festival. Et les Lyonnais sont nombreux à prendre la route. Deux heures à peine pour retrouver leur Quatuor dans un cadre superbe, pierre et nature.

Cordes en Ballade du 3 au 15 juillet en Ardèche. Les titulaires d’une carte spectacles mytoc.fr peuvent obtenir des invitations en envoyant un mail à contact@mytoc.fr ou en téléphonant au 06 89 86 76 06.
Le programme