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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Le fiscaliste newyorkais devenu humoriste a conquis l’Espace Saint-Germain archicomble qui l’a ovationné debout. Avec un spectacle bien rodé où il a su convaincre le public de jouer le jeu.

Demaison enflamme Vienne

Bien sûr, il y a quelques pets en trop. Quelques blagues un peu lourdes. Et des «enculés» pas vraiment indispensables. D’ailleurs François-Xavier Demaison s’en excuse, en avouant que c’est un peu facile.
Pas vraiment facile de faire rire sans tomber dans ce genre de travers. Mais lui, il y arrive, au fond. Une «finesse» à la Coluche, sans le nez rouge et la salopette. Mais la même distance avec une vulgarité qu’il manie comme une matraque, dans tous les sens.
Une drôle d’allure, d’abord, ce gars-là. Tout en rondeur, pantalon et chemise style Zara, petite barbe proprette, la tête du voisin de palier. Et qui arrête pas de répéter qu’il est «super bien gaulé». On est un peu réticent au départ. Mais rapidement, on rentre dans cette farandole. Une énergie incroyable. Il danse, chante, bondit, gesticule… Difficile de le suivre car il va vite, très vite, l’ancien «loup» de Wall Street.
Et puis il y a un texte. C’est lui qui écrit tout. Et ça cogne fort, sans exclusive : les bourgeois, les écolos, les gauchos, les curés, les homos, les attachées de presse, les résistants, les femmes, les handicapés… Tout le monde y passe. On a même droit à une petite tournée dans la France profonde avec l’accent. Du nord au sud. Jusqu’à la Corse évidemment. Souvent implacable. Et il s’en désole avant d’en rajouter une couche. Mais toujours en faisant du public son complice. Joli numéro par exemple. Avec des cris d’animaux. Les cigales, la chèvre, le bouc, le boeuf et l’âne gris. Des spectateurs sont mis à contribution. Un peu réticents au départ mais ils finissent par craquer. «C’est ça le spectacle vivant», proclame l’animal au milieu des éclats de rire. Avant d’enchainer sur les adolescents : «C’est comme les chevaux, toujours mal coiffés, ça mange des céréales et leur chambre c’est une écurie». Puis il se lâche sur la religion : «Je n’ai pas de problème avec le produit mais avec les vendeurs…». Avant de se lancer dans une imitation risquée, Dieu : «Aimez vous les uns les autres, par exemple. C’est truc que j’ai lancé, bourré, dans un repas de de famille. Et le gamin en a profité pour monter un business».
Jeux de mots aussi. «France-Afrique ? En deux mots ou en trois ?» France à fric, bien sûr. Ce qui lui permet de délirer quelques instants. Avant de s’en prendre à Isabelle la snobinarde qui a ouvert une maison d’hôte au Maroc dans la palmeraie d’Ouzala. Avec son mari tétraplégique qui ânonne : «Elle me vole mon argent».
Sans transition, un petit couplet sur sa grand-mère enterrée dans le jardin familial qui «fait pousser les roses». Ce qui évite d’aller s’incliner sur sa tombe au cimetière. «Empreinte carbone minimum», précise-t-il. Avant d’évoquer les légumes oubliés «dégueulasses, je comprends pourquoi on les a oubliés».
D’un geste, François-Xavier Demaison désigne alors ses acolytes au son et à la lumière : «Ils sont deux pour faire le travail d’un seul. Mais bon, restons de gauche». Avant de s’attaquer à son producteur… Puis il descend dans la salle, dérange toute une rangée, prend à partie son bouc émissaire en lui proposant de prendre «une duche avec les cupains» et lui demander de le fouetter… Un instant, on pense que ça va mal tourner. Mais ça marche ! «Les vrais amis c’est ceux qu’on connait bien et qu’on aime quand même».
Il interpelle alors ceux qui ont payé leur place au prix fort en racontant une fringale nocturne. «Mais à 4h du matin, les domestiques étaient couchés. Vous savez ça dans les premiers rangs. Au fond de la salle, moins !»
Tout à coup, très sérieux, il proclame : «On ne peut pas tout résoudre par violence…» Le début d’un sermon pacifiste. Mais la conclusion tombe très colluchienne : «Tu comprendras ça quand tu auras un moustique sur les testicules !».
Joli final avec une petite visite guidée de New-York d’où il s’est échappé il y a une quinzaine d’années après l’attentat des Tween Towers. Central Park, la 42e, Times Square, Broadway… Et hop, une pirouette musicale avant de conclure, presqu’ému : «J’ai échangé un costume de pantin contre un costume de clown». L’ancien fiscaliste de Manhattan en profite pour dénoncer «ce monde fou dans lequel nous vivons» en soulignant que la seule façon de survivre c’est d’être «encore plus fou que lui».

François-Xavier Demaison a fait l'ouverture de la 37e édition du Festival d’humour de Vienne et alentours organisé par l'Espace Saint Germain et le Théâtre de Vienne jusqu'au 30 mars. A l’affiche notamment, Christophe Alevêque et Yohann Metay.