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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Tribune. Deux musiciennes s’adressent aux adolescents pour les sensibiliser et les faire réagir face au répertoire classique. Un sacré pari. Les explications de la violoncelliste Noémi Boutin.

«Des émotions utiles dans leur vie»

«Sylvaine Hélary est flutiste, moi violoncelliste. Nous n’avons pas du tout le même parcours mais nous nous sommes rencontrées il y a quelques années et on a tout de suite eu envie de travailler ensemble.
J’ai une formation très classique notamment au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris… A la fin de mes études, j’ai rencontré des musiciens venus d’horizons très différents comme Albert Marcoeur, un rockeur des années 70-80. J’ai aussi partagé la scène du News Morning avec Fantazio. Un souvenir incroyable avec 600 spectateurs en transe dans la salle ! Cela m’a donné envie de m’ouvrir à d’autres styles de musiques : contemporaine, jazz, rock… En réfléchissant chaque fois à la façon d’intégrer mon violoncelle. J’ai beaucoup appris même si ce n’était pas toujours simple car il y a encore beaucoup de clichés sur la musique classique. Certains sont persuadés que si on joue autre chose que du classique, on entache notre savoir et notre maitrise de l’instrument. Faux, c’est au contraire une vraie richesse.
On m’a aussi proposé de lire des textes sur scène. Ce qui m’a amené à théâtraliser mes créations. Sur ce point qu’on s’est vraiment trouvé avec Sylvaine, d’autant qu’elle est spécialisée dans l’improvisation. On a donc conçu un premier spectacle pour enfants, «Entre chien et loup» qu’on a joué plus de 200 fois. Puis on a décidé de poursuivre ce travail ensemble avec «La tête à l’envers» que l’on va présenter pour la première fois au Théâtre de la Renaissance à Oullins.
Un spectacle qui évoque l’adolescence, une période de bouleversements extrêmement intéressantes, avec ses tourments, ses réactions exacerbées… Mais on est là pour faire de la musique, pas pour faire passer un message ou donner des leçons. On veut montrer aux adolescents que la musique est un incroyable vecteur d’émotions. On va leur interpréter des titres composés spécialement pour cette création par des artistes très différents comme Frédéric Pattar, figure de la musique contemporaine, le percussionniste Sylvain Lemaitre, le flutiste de jazz Magik Malik… Et comme fil rouge, on a utilisé des textes d’Alain Damasio, auteur de science-fiction qui a un regard décalé et critique sur l’évolution de la société, l’appauvrissement de la culture, la dépendance aux nouvelles technologies… On a voulu utiliser la poésie de ses textes pour parler aux adolescents de ce qui les concernent.
C’est compliqué de s’adresser au jeune public, car ils n’ont aucune connaissance des codes, ni aucun filtre. Chaque concert est un véritable défi ! Avec les adolescents c’est encore plus difficile. Ils débarquent avec leur capuche, l’air blasé… Mais l’essentiel, c’est ce qu’il ressentent. Notre objectif c’est de les toucher, les faire réagir. Et leur montrer que la musique peut leur procurer des émotions utiles dans leur vie quotidienne. Que la musique peut être joyeuse ou plus sombre, qu’elle permet de s’exprimer, de se défouler, se consoler… On veut les sensibiliser aux vertus de la musique. Des vertus qu’on trouve en s’ouvrant à la culture, en allant au contact des autres. Pas en restant seul face à ses écrans».

«La tête à l’envers» avec Noémi Boutin et Sylvaine Hélary. Au Théâtre de la Renaissance les 17 et 18 novembre. Dès 10 ans. Durée : 50 minutes.