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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Deux camélias pour le prix d’une !

«La dame aux Camélias» divise l’équipe de mytoc. Géniale pour les uns, décevante pour les autres, cette mise en scène du texte d’Alexandre Dumas avec en vedette la superbe Marie-Sophie Ferdane.

Plus «Qu’est ce donc qu’aimer ?» Un souffle lâché dans la tourmente pour porter une question éternelle. Alexandre Dumas fils, un beau texte dont s’est emparé le metteur en scène Arthur Nauzyciel. Marguerite Gautier et Armand Duval s’aiment mais, entre eux, il y a un abîme. Il est un jeune homme de bonne famille, elle est une belle courtisane, jouet du plus offrant, duc ou baron qui courent les salons parisiens. Pour l’incarner, une ex-pensionnaire de la Comédie Française, Marie-Sophie Ferdane, qui impose une performance magistrale d’intensité et de justesse. Beauté élancée à la voix grave, rendue presque sourde par une souffrance enfouie qui jaillit violemment quand elle raconte cette vie qui use peu à peu «son cœur, son corps et sa beauté». Sans aucun doute, la langue fougueuse de Dumas a-t-elle trouvé ici sa meilleure interprète. Silhouette fantomatique en robe blanche au cœur d’une scène tapissée de rouge, elle se consume sur l’autel de la fatalité. Avant que ne surgisse cet Armand providentiel : «Je deviendrais fou si vous ne me laissez pas vous aimer». Sursaut d’espoir pour celle qui plonge dans cette passion interdite. Alors qu’autour d’eux, une poignée de comédiens incarnent les démons qui guettent aux portes de leur éphémère bonheur : argent, luxure, hypocrisie... Des têtes-à-têtes somptueux aussi, entre les deux amants qui se désirent autant qu’ils se déchirent. Et qui savent que cette liberté est fragile. Le père du jeune homme tremblant pour la réputation de sa famille convainc Marguerite d’abandonner Armand. Cris et larmes sonnent la fin du rêve. Alors que l’obscurité envahit la scène pour un final couleur mélancolie... Un beau moment de théâtre qui met d’abord en lumière cette figure aussi complexe que fascinante. Héroïne tragique d’un amour défendu. Moins «Arnaud, j’ai reçu votre lettre…» Longue robe blanche, largement décolletée, Marguerite apparait en bord de scène. Derrière elle, un voile rouge et des ombres, nues, dans la pénombre. On se dit alors que ça va être génial. D’autant qu’une belle voix grave murmure en off : «N’ayant pas l’âge d’inventer des histoires…» Alexandre Dumas va donc raconter sa propre aventure. Celle d’une jeune bourgeois qui va tomber raide amoureux d’une pute, pardon d’une courtisane, comme on disait à l’époque. Deux siècles déjà. Et c’est peut-être tout le problème. Avoir saisi ce texte pour tenter de lui donner une éclairage contemporain. Le plus mauvais «roman» d’Alexandre le Grand ! Trop personnel en fait. Pas assez délire. Etriqué, au fond. Un décor d’abord. Précieux et ridicule. Du rouge que du rouge. Rideaux, tapis, plafond et canapés. Gros clin d’oeil lupanar. Et des costumes, dans l’air du temps, à l’économie ! Pieds nus, torses nuls, culs nus… Ni moches, ni beaux, ordinaires. Fesses molles, seins mous. En plus, on a droit à quelques volutes de fumée. Au secours ! Tout ça pour de longs couloirs blabla entre des petits comtes et des grands ducs. Gala et Voici sur scène pendant près de trois heures ! Une dizaine de victimes ont eu le courage de se lever et prendre la fuite. Mais la moitié de la salle grognait. Venus voir du grand théâtre, style Comédie Française «revisitée» comme on dit aujourd’hui dans les «gazettes». Et on a eu droit à des «je t’aime» hurlés et autres singeries théâtrales, quelques déambulations style robot… Avec en prime des vidéos, noir et blanc bien sûr, totalement déconnectées. Has been, comme disait Shakespeare ! Reste la belle Marguerite qui adore les camélias. Elle domine cette catastrophe, encensée par la critique rive gauche. Et il faut l’avouer, elle est admirable. Une présence, une force, une gueule et une stature. Une intelligence tranquille. Rien que pour cette merveilleuse Ferdane, il faut aller souffrir le martyr ! Salopard de Dumas. Agathe Archambault et Philippe Brunet-Lecomte «La dame aux camélias» d’Alexandre Dumas fils, mise en scène d’Arthur Nauzyciel avec Marie-Sophie Ferdane, Pierre Baux, Océane Caïraty, Pascal Cervo, Guillaume Costanza, Mounour Margoum, Joana Priess et Hedi Zada. Durée : 2h55