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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Deux Eclaireurs illuminés par "Folia"

Jack Bernon et Christine Faroud, «Eclaireurs de la Culture» ont assisté au spectacle de Mourad Merzouki en ouverture du Festival de Fourvière. Enthousiastes !

Les danseurs arrivent en se contorsionnant, rampant sur la scène dans un décor cosmique où les planètes sont de gros ballons posés au sol.
Se mettent alors en place des mouvements saccadés, ponctués par la musique baroque, le ton est donné… On chavire dans un autre monde où les jambes sont des aiguilles, le sol est élastique, le rythme est sentence, la musique est envoûtante, la voix cristalline…
Une mise en scène magique dans un univers tout en rondeur.. Des danseurs qui "s’approprient" la terre, la retiennent, la propulsent dans les airs pour qu’elle éclate en plein vol…. Trampoline circulaire sur lequel, une femme va s’épuiser, repoussée inlassablement par les autres danseurs, genre « belle au centre », il faudra alors que le sol bascule pour qu’enfin, elle puisse s’extirper de ce cercle infernal. D’autres grandes sphères servent d'écrin à certains musiciens. L'une d'entre elles se transformera en superbe robe de princesse pour la chanteuse. Et ce derviche tourneur hypnotique qui n’en finit pas…. Boules, ballons, sphères, tournis… Toute la rondeur de ce monde qui ne tourne pas toujours... très rond.
Saluons le mélange, le métissage, cette magnifique rencontre de Mourad Merzouki directeur artistique et chorégraphe et Franck-Emmanuel Comte, concepteur musical du Concert de l’Hostel Dieu.
Saluons aussi le travail et la folle énergie de ces 17 danseurs, de ces 7 prodigieux musiciens en tenues d’époque et de cette splendide soprano, Heather Newhouse, toute de rouge vêtue, .
Quel immense bonheur quand toute la troupe viendra devant la scène autour de Mourad Merzouki, souriant… sous les applaudissements de ce public conquis en cette magnifique soirée d’été dans le théâtre antique de Fourvière.
Il manquait juste les petits coussins distribués d'habitude au public avant le spectacle. Dommage parce que le public aurait pu les propulser sur la scène pour exprimer sa joie à l’issue de la représentation. Nous n’avions que nos mains pour une interminable standing ovation !
Christine Faroud

L’association de la grâce et de la folie est presque un oxymore. La folie peut-elle être belle ? Par le jeu de la musique et de la danse, Folia parvient à imposer ce paradoxe avec une élégance à couper le souffle. L’alliance, improbable entre la musique baroque et le hip-hop semble opposer deux mondes culturels sans connexion ni dans le temps ni dans l’espace. L’austère de la musique baroque face au fantasque du hip-hop ! Et pourtant la magie opère car le chorégraphe génial a solidarisé et fusionné ces deux mondes pour adresser au spectateur des flots d’émotions qui vont le transporter.
La tarentelle défile inlassablement en boucle et rejoint les figures vives et tournoyantes du hip-hop. Dès les premiers accords de guitare, les danseurs s’avancent dans des reptations désarticulées, ruptures d’équilibres. La folie entre en scène. Ils rejoignent cinq globes représentant des planètes dont l’une se détache par sa couleur bleue et ses dessins de continents. La Terre vu depuis l’espace. Les danseurs se redressent et entament une chorégraphie diabolique sauts, rebonds, passements de jambes, lancers de globes... On pense au mythe de Sisyphe, arc bouté à remonter encore et encore son rocher, portant le monde sur son dos mais aussi au chaos qui chamboule l’ordre des planètes. La folie du monde ira jusqu’à déstabiliser le cosmos, projeté sur le rideau transparent qui voile les musiciens. Un tableau ponctué par le rythme bref et incisif de Vivaldi, concerto RV 578, monument de la musique baroque. La baudruche Terre finira par exploser et retomber en poussière.
Le maillage entre musique et ballet est total lorsque la cantatrice et les musiciens se mêlent aux danseurs. Avec un jeu scénique original arrivent des coques rondes aux armatures dorées, véritables physalis qui délivrent leur amour de la musique et du chant baroque. Dans un des tableaux, les pétales de la cage se déploient en une robe magnifique, habillant et surélevant la chanteuse, Heather Newhouse. Cendrillon dans sa métamorphose en princesse.
Le ballet joue en permanence sur les contrastes de couleurs. La lumière orangée suave adoucit les sons parfois grinçants de la musique baroque. Elle s’oppose à une froide lumière cendrée, ni blanche ni grise, qui suggère la tourmente et peut être la démence. La folie est toujours là.
Mourad Merzouki nous dit que son ballet ne raconte pas d’histoire. Il envoie des tableaux au public et laisse le soin à chaque spectateur de vivre ses émotions. Chantre de la liberté, il ne veut pas imposer un récit. Mais il avoue avoir voulu « aller dans un territoire inconnu pour être bousculé et prendre des risques ». L’ultime tableau en est une démonstration criante avec un derviche tourneur qui nous chavire.
Du grand Art ce «Folia». La beauté éclate à chaque pas de danse, à chaque son. Et le spectateur repart avec des étoiles dans les yeux. Mourad Merzouki est un orfèvre de la Grâce.
Jack Bernon

Vous pouvez rejoindre les « Eclaireurs de la Culture » en participant à un stage, gratuit pour les titulaires d’une carte spectacles mytoc.fr Deux heures pour se former à une écriture simple et vivante. Ce qui vous permettra de recevoir une place gratuite pour chaque spectacle à condition d'en rendre compte en une dizaine de lignes. Une opération soutenue par le ministère de la Culture. Inscription à contact@mytoc.fr ou au 06 89 86 76 06