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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Le Transbordeur accueillait le week-end dernier une grande compétition d’improvisation entre Lyon et le Québec. Deux heures de match pour départager la meilleure équipe grâce aux votes du public.

Duel magistral entre des as de l’impro

Ring sous les projecteurs, commentatrice survoltée, musique qui tabasse, arbitre en maillot à rayures hué par une salle de supporters chauffés à blanc. Dimanche 27 janvier, au Transbordeur. Match de boxe ? Presque, de l’impro. Avec huit comédiens répartis en deux équipes, d’un côté les Lyonnais de la Lily en maillot violet, de l’autre, en bleu, les Légendes du Québec. 
Le principe est simple : les comédiens s’affrontent dans des sketchs improvisés à partir d’un thème et de contraintes fixées par l’arbitre. Mais dans les faits c’est plus compliqué. D’abord parce que l’arbitre, un brin vicieux, a imaginé des thèmes complètement tordus. Exemple dès la première séquence : “Pure vengeance de taxidermiste”. Exclamations indignées dans la salle alors que deux joueurs se lancent sans hésiter dans un dialogue surréaliste entre un empailleur et son client, “Vous savez j’en ai cousu des plus célèbres que vous !”. Mais ça dégénère et c’est finalement l’empailleur qui finit empaillé. 
Après le vote du public où toute la salle lève un carton à la couleur de l’équipe qui mérite le point, l’arbitre annonce le thème suivant, “Mon vin quotidien”. Là encore, en quelques répliques, une histoire se dessine : “Vous êtes de la partie soeur Marie ?”, deux bonnes sœurs profitent de la messe pour sortir discrètement les bouteilles de vin. Performance très applaudie d'une comédienne québécoise, “Moi du sang de Jésus, j’en bois tous les jours ! Ça me permet de me rapprocher de lui”. Amen ! 
Difficulté supplémentaire pour la scène suivante qui doit durer plus de 5 minutes, et qui se déroule dans une station balnéaire. Registre plus émouvant qui met en scène deux anciens amants qui se retrouvent après une longue séparation. Mais impossible de rester sérieux très longtemps, “Notre amour est éternel… Aïe je crois que je me suis cassée la hanche !”
En impro, les comédiens sont libres de tout inventer : l’histoire, le contexte, les personnages, les rebondissements… Une seule règle : ne jamais décoller du thème imposé. Sinon c’est la faute. Frontière sensible que les joueurs vont franchir dans une scène intitulée “Apologie du terrorisme”. L’histoire : un expert en assurances rend visite à une famille de fermiers très rustiques. Accent à couper au couteau, mimiques et postures pas vraiment flatteuses… Ambiance ! Quelques instants plus tard, l’assureur se retrouve en train de marier la fermière avec son bouc… Coup de sifflet, l’arbitre expliquera qu’il attendait des comédiens qu’ils “revalorisent la vraie France”. Raté, mais dans le public tout le monde est mort de rire. 
Parmi les autres subtilités exigées par cet arbitre diabolique il y aussi “à la manière de”. Et ça tombe sur Feydeau, dont les comédiens vont reprendre et parodier tous les codes en inventant l’histoire d’un mari qui n’arrive plus à tromper sa femme. “Tout Paris sait maintenant que vous êtes fidèle !”, désespère sa femme qui organise une grande fête pour redorer sa réputation avec une fausse amante cachée dans le placard. Tout les ingrédients sont réunis : la bonne sournoise, l’épouse hystérique, les portes qui claquent, les dialogues burlesques... Bluffant ! 
Après deux heures de match très intenses le score est serré, mais c’est finalement Lyon qui l’emporte sous un tonnerre d’applaudissements. Un beau spectacle pour mettre en scène ce duel entre les as lyonnais et québécois de l’improvisation. 

Agathe Archambault