0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Elle l'a toujours aimé !»

«Je ne connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer». Cette citation d’Albert Camus est gravée sur la plaque qui ornera dès ce soir le fronton du Bistro Martine au cœur du quartier d’Ainay où s'est marié l'écrivain en 1940.

Topinambours, rutabagas et un peu de lard. C’est probablement le menu du repas de noces d’Albert Camus. Une petite fête qui s’est tenue dans le Bistro Martine situé face à la mairie du 2ème où le futur Prix Nobel s’est marié sous l’Occupation.

En 1940, l’avancée des troupes allemandes menace Paris. Les grands journaux, les maisons d’édition, les institutions culturelles. Bref toute l’intelligentsia parisienne se replient dans la nouvelle capitale de la Résistance : Lyon.

Albert Camus, 27 ans, journaliste-écrivain né à Alger épouse le 3 décembre, Francine Faure, 26 ans, une oranaise pianiste-mathématicienne. Sa deuxième épouse. Cérémonie intimiste. Seuls témoins, des collègues de Paris-Soir : le typographe Lemoine et le journaliste Pascal Pia.

Le couple va séjourner à Lyon, chez le résistant René Leynaud, pendant plusieurs semaines. Lui sera licencié de son quotidien et ils quittent alors la ville.

Après quelques mois ensemble à Oran puis dans les Cévennes, Francine retourne en Algérie tandis que son époux reste en France le temps de publier le «Mythe de Sisyphe», son premier essai philosophique après son roman, L’Étranger.

Mais le 11 novembre 1942, les allemands envahissent la zone sud. La traversée de la Méditerranée devient interdite. L’écrivain ne retournera jamais sur les terres de son enfance.  

En manque d’action, il quitte les Cévennes pour rejoindre la rédaction de «Combat». Le journal de ce mouvement de résistance basé à Lyon dirigé par son ami Pascal Pia.

Albert Camus, un écrivain engagé mais aussi un homme à femmes. Pas surprenant puisqu’il a toujours été entouré par un cercle féminin. A commencer par sa grand-mère et sa mère qui l’ont élevé seules.

En juin 1944, il rencontre son «Unique» : Maria Casarès. Une comédienne espagnole à qui il confie le rôle principal du « Malentendu». La nuit du débarquement, ils deviennent amants. Mais, après la libération, Francine rejoint son mari en métropole. Maria met alors fin à leur idylle.

1945, naissance des jumeaux Catherine et Jean. Camus, désormais père, multiplie les infidélités. Quatre ans jour pour jour après leur première nuit, Maria et Camus se croisent par hasard à Paris. Ils ne se quitteront plus. Correspondance quotidienne pendant douze années. Plus de 865 lettres !

Il y a aura aussi la belle Patricia Blake, américaine de vingt ans qui lui avait fait visiter New York en 1946. Neuf ans plus tard, au cours d’un déjeuner avec elle, Camus apprend qu’il va obtenir le prix Nobel de littérature.

Comme il l’avait fait pour Maria, il propose à l’actrice Catherine Sellers le premier rôle de son adaptation «Requiem pour une nonne» en 1956. Nouvel amour passionné Il rêvait de monter une compagnie avec ses deux comédiennes amoureuses.

Sa dernière conquête, une peintre danoise surnommée «Mi». Un coup de foudre au café Flore en 1957.

Une faiblesse qui a mené son mariage au naufrage. Pourtant, sa deuxième femme en avait conscience. Ils s’étaient mis d’accord sur la possibilité de vivre quelques aventures... Mais les infidélités conjugales affectent psychologiquement Francine Faure qui tombe dans une profonde dépression en octobre 1953. Hospitalisation. Tentative de suicide.  « Chaque fois qu’on me dit qu’on admire l’homme en moi, j’ai l’impression d’avoir menti toute ma vie », déclare Camus coupable.

Un peu avant son départ de Lourmarin pour Paris, le Dom Juan envoie trois dernières lettres. «Je t’embrasse, je te serre contre moi jusqu’à mardi, où je recommencerai» furent ses derniers mots pour Maria Casarès. «Voici ma dernière lettre ma tendre» écrit-il à Catherine Sellers. Enfin, la promesse de retrouvailles passionnées avec Mi, «Quand tu liras cette lettre, deux ou trois jours nous séparerons encore».

En prenant la route pour retrouver les femmes qu’il aime, Camus meurt dans un accident de voiture le 4 Janvier 1960. Francine Faure, la mariée lyonnaise, sera enterrée à ces cotes dix-neuf ans plus tard à Lourmarin. 
Sa fille, Catherine, souligne que malgré tout ses parents sont restés unis. 
«Elle l'a toujours aimé. Et lui, je pense, aussi. Il y a eu d'autres femmes, et d'autres amours. Mais il ne l'a jamais abandonnée». 



Manon Benoiston