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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Marie-Sophie Ferdane va jouer «La dame aux camélias» d’Alexandre Dumas au Radiant. Une comédienne-normalienne qui impose un style libre et moderne. A ne pas manquer !

«Etre actrice est une façon de vivre»

«J’imaginais une femme mourante sur un canapé, se pâmant sur des coussins. Image surannée que le metteur en scène Arthur Nauzyciel a complètement bousculée…»
Cette dame aux camélias ne sera pas un simple boulevard ! C’est ce que souligne Marie-Sophie Ferdane dans une belle interview publiée par Télérama cette semaine. 
La comédienne, qui incarne le rôle principal, explique sans détour que cette pièce met en scène «des putains» à une époque où «la moitié des Parisiennes se prostituaient pour échapper à la misère». En officiant aussi bien sur les chantiers du baron Haussmann que dans les coulisses de l’Opéra où «des hommes en haut de forme venaient choisir leurs proies».
Tout le monde connait «La dame aux camélias», ce drame amoureux où Alexandre Dumas raconte sa propre histoire, celle d’un jeune bourgeois, Armand Duval, subjugué par une belle courtisane, Marguerite Gautier, devenue aujourd’hui un mythe.
«A 41 ans, je n’ai plus l’âge du rôle…», souligne Anne-Sophie Ferdane qui ajoute aussitôt en citant le philosophe Soren Kierkegaard : «Faut-il forcément avoir l’âge du rôle ou revenir, plus riche sur ce qu’on sait perdu ?».
Ancienne sociétaire de la Comédie Française qu’elle a quitté il y a cinq ans car elle n’était «pas à l’aise avec les stratégies qu’il faut développer dans cette maison pour y durer (…) Je passais plus de temps à comprendre le système que mes propres rôles».
Et cette jeune femme très charismatique enchaîne à la lumière de l’actualité : «Les femmes doivent refuser de se minorer, de jouer ce jeu de la séduction qui les affaiblit, les met en situation de dépendance plus qu’il ne les renforce comme elles le croient». Avant de conclure : «Il faut mettre des limites pour garder son intégrité». En se souvenant de ses premiers castings «des moments d’effroi et d’humiliation».
«Je suis hallucinée qu’en France, aucune histoire ne sortent sur ce qu’on fait subir aux jeunes comédiennes. Mais tout le monde a peur», souligne celle qui va incarner Marguerite en expliquant que désormais, elle annonce clairement la couleur : «Je ne couche pas !».
Fille du directeur d’Hewlett Packard France, cette Grenobloise qui affiche ses origines paysannes, raconte qu’elle a passé son enfance dans un petit village «loin de tout». Ce qui l’a entrainée dans une passion pour les livres. «Flaubert, Montaigne, Duras, Colette sont devenus mes seuls amis». Elle va alors se lancer dans des études littéraires, Ecole Normale Supérieure et agrégation. Mais après avoir enseigné une année à Vaulx-en-Velin, elle décide d’intégrer l’Ensatt de Lyon où elle va faire l’apprentissage du théâtre. «J’étais tellement boulimique de théâtre que j’étais prête à tout je n’avais aucun orgueil. J’aurai balayé, fait le ménage pour rester là…»
Sa méthode pour se préparer à un rôle ? «Il y a la part active et la passive. Je lis tout ce que je peux sur l’auteur, son époque. Je lis et relis la pièce. Je regarde les photos des acteurs qui l’ont joué avant moi… Quand à la partie passive c’est s’abandonner à la rêverie, à l’imaginaire… Etre actrice ce n’est pas un métier mais une façon de vivre.»
Superbe et prometteur pour cette Dame aux camélias très attendue.

«La dame aux camélias» d’après le roman d’Alexandra Dumas. Mise en scène d’Arthur Nauzyciel avec Marie-Sophie Ferdane, Mounir Margoum et Joanna Preiss. Création du Théâtre National de Bretagne. Du 22 au 25 janvier 2019 au Radiant. Durée : 2h45.