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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Faire parler mon coeur»

Tribune. Aurélien Cavagna présente son premier seul en scène à Gerson. Son pari : réussir à amuser le public en racontant son parcours et notamment ses problèmes cardiaques. Osé !

«Quand j’étais adolescent, je rêvais de devenir sportif. Mais à 13 ans, j’ai fait un arrêt cardiaque et je suis tombé dans le coma. Résultat : un défibrillateur cardiaque dans mon corps et l’obligation de faire très attention. J’ai donc choisi une autre voie, celle du spectacle. 

Au départ, j’ai voulu faire du rock, mais cela demandait trop d’énergie sur scène. Il me fallait un moyen d’expression plus calme. J’ai alors commencé l’improvisation avec la troupe du Repaire de la Comédie à Lyon. Puis j’ai monté un duo avec un ami, «Camil et Aurel». On tourne depuis quatre ans dans les cafés-théâtres avec ce spectacle drôle où on enchaine les conneries comme les enfants dans une cours de récréation ! 

Mais j’avais envie de me lancer seul. Un défi à l’aube de mes 27 ans ! Avec cette question omniprésente dans ma tête : de quoi vais-je bien pouvoir parler ? 

Pour être crédible et toucher les spectateurs, il faut rester proche de la vérité. J’ai donc décidé de raconter ma vie et mes problèmes cardiaques. Ça commence avec mes déboires d’ado, mes premières peines de coeur, mes premières fêtes… Je parle aussi de ma famille, notamment de mon père à qui je dois mes cheveux frisés et mes problèmes de santé. Je joue ma mère, le médecin… Je fais même parler mon coeur qui se prend pour Jean-Pierre Marielle et qui pense qu’il est un gros dur alors que pas du tout. Ou encore ma pile, qui me parle comme un dictateur et m’impose son rythme. Je détourne tout ça avec humour. Car je veux attirer l’attention sur la fragilité de la vie, sans être donneur de leçons, ni larmoyant. Car, au final, tout va bien !

Pour écrire ce spectacle, j’ai beaucoup questionné mes parents car je n’avais évidemment pas tous les détails sur ce qui s’était passé. Se replonger dans cet événement les a un peu brassés. Surtout quand ils ont ressorti les comptes-rendus des médecins… 

A la première, je ne faisais pas le fier, toute ma famille était dans la salle. C'était un gros challenge pour moi de monter sur scène tout seul, savoir si mon coeur allait "tenir le coup" et aussi savoir si mon histoire et la façon dont j'allais la raconter allait plaire et surtout faire rire ! Mais finalement j’ai beaucoup de la chance. J’ai même déjà une vingtaine de dates programmées dans toute la France à la rentrée. 

En parallèle, j’ai écrit «Allo maman bobo» avec Laurence GayPinelli, qui m’accompagne aussi sur scène. Une pièce sur les relations mère-fils, où un jeune garçon va devoir s’occuper de sa mère qui s’est cassée les deux bras. Une inversion des rôles très intéressante. 

On a également lancé un concept de fausse émission de radio qu’on va présenter à Gerson en septembre prochain, «Culture plus (confiture moins)». Une fois par mois, j’invite des potes humoristes qui incarnent des musiciens venant présenter leur album. Une parodie de certaines émissions un peu perchées qu’on peu entendre sur France Culture au milieu de la nuit. Pour pousser le concept encore plus loin, on enregistre les émissions pour que le public puisse les retrouver en podcast sur Facebook. On reprend tous les codes de la radio : chroniqueurs, invités, animateur… On est très sérieux mais on raconte n’importe quoi ! Il y a même une musicienne qui interprète de la flûte dans une Crocs… Un spectacle no limit qui rappelle l’absurde de François Rollin.»

«Cri du coeur» d’Aurélien Cavagna, tous les mardis du 16 avril au 18 juin à l’Espace Gerson. 

Crédit photo : Nicolas Semenioukoff