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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Festif et responsable»

Tribune. L’intelligence artificielle. C’est le thème de la Biennale des Arts Numériques de Bron qui débute le 4 avril. La directrice, Nathalie Mettay, présente la programmation de cette 4e édition.

«RVBN s’intéresse à toutes les étapes de la création. Avec des temps de fabrique où des artistes sont invités en résidence à Bron pour échanger avec les habitants. Puis la présentation de spectacles pluridisciplinaires. Et enfin, des bords de scène à l’issue des représentations pour poursuivre les discussions. Avec un socle commun : les arts numériques, c’est-à-dire l’appropriation artistique de technologies innovantes. On cherche aussi des spectacles qui véhiculent un propos, qui questionnent la société actuelle, avec une dimension philosophique forte. Des spectacles exigeants sur le fond mais accessibles dans la forme. 

Cette année, on a choisi l’intelligence artificielle comme thème. Car l’IA questionne, intrigue, inquiète… A ce titre, la chorégraphe et danseuse Rocio Berenguer, propose un spectacle surprenant : «Ergonomics» qui s’interroge sur les codes et les comportements des ultra connectées. Des citadins sollicités en permanence par les nouvelles technologies. Plutôt que de dénoncer des comportements, elle a décidé de s’en amuser. En proposant au public d’utiliser leurs smartphones durant la représentation. Une première ! Intéressant de voir comment une artiste s’approprie les nouvelles technologies. Mais aussi comment elle intègre les spectateurs à sa démarche.
Autre spectacle qui interpelle : «School of moon». Eric Minh Cuong fait danser sur scène des enfants de Bron avec des petits robots humanoïdes qui s’imitent et s’inspirent. Au final, on ressent une vraie empathie pour ces robots, certes formatés mais qui peuvent faire preuve d’une certaine autonomie. Un spectacle atypique qui a été très peu joué en France.
Il y a aussi «Quadriphonia», qui associe concert et projections vidéos. L’originalité c’est la réalité virtuelle qui donne l’impression d’être immergée dans un jeu vidéo. Une création qui n’a encore jamais été présentée.
On veut aussi montrer que les nouvelles technologies ne datent pas d’hier. C’est pourquoi on programme «Lotte mon amour». Christine Ott joue des ondes Martenot, l’ancêtre des instruments numériques. Elle partage la scène avec Anne-Irène, joueuse d’alto et de darbouka, un des principaux instruments à percussions au Moyen Orient. Ensemble, elles mettent en musique les courts-métrages d’animation de Lotte Reiniger, une pionnière puisqu’elle a réalisé ses premiers films au début du 20e siècle avec de simples silhouettes en papier.
On propose également des petits formats comme «Artefact» imaginé par Joris Mathieu, le directeur du TNG. Le public circule par groupe de quinze sur trois installations différentes. Ce qui interpelle c’est que les comédiens ont été remplacés par des robots aux voix synthétiques. Un spectacle sur le désenchantement de l’humanité, mais dans lequel on vit une véritable expérience sensorielle. Puis dans un second temps, les acteurs réapparaissent pour un échange avec le public.
Cette année, on propose aussi deux cogitations. La première regroupe scientifiques, artistes, journalistes et anthropologues autour de la question de l’intelligence artificielle. Une table ronde où les invités discutent librement avec le public. On accueille également Ariel Kyrou, journaliste et essayiste qui s’intéresse aux technologies de l’innovation et à leurs impacts sur la société. L’occasion pour lui de présenter son film et d’ouvrir le débat : Qui des scientifiques ou de la science fiction est à l’origine de la vision anticipatrice du monde ?
Pour cette quatrième édition, on a souhaité augmenter le nombre de fabriques, 15 au total, réunissant 360 participants, essentiellement amateurs. Avec des créations vraiment originales et immersives. C’est notre grande fierté. Car RVBN veut rassembler et développer le faire ensemble.
On pense aussi aux enfants. Avec des spectacles courts comme «MMO». Une version pop et colorée des contes de fées, qui conjugue danse et vidéo, sur une musique de Maurice Ravel. On leur propose également des siestes musicales, des ateliers chorégraphiques avec leurs parents… L’occasion de faire passer des messages sur les bons comportements à adapter face au numérique. Car RVBN est un événement festif, accessible mais aussi responsable.»

RVNB du 4 au 11 avril.