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Fin de partie «De loin la meilleure représentation»

Tribune. Après son succès la saison dernière, l’Espace 44 programme à nouveau sa version de la célèbre pièce de Beckett. André Bernold, un des amis de l’auteur irlandais, l’a vue. Ses impressions.

«J’ai le sentiment qu’il est de mon devoir, puisque les hasards de l’existence m’ont fait Lyonnais ayant été Parisien d’abord puis Américain, de prendre la parole publiquement avec le peu d’autorité que me confère le fait d’avoir été l’un des plus proches amis de Samuel Beckett pendant les dix dernières années de sa vie. Expérience dont je rends compte dans un petit livre publié dès 1992 sous le titre «L’amitié de Beckett», aux éditions Hermann, de me lever et de porter témoignage en faveur de la reprise au Théâtre Espace 44 à Lyon de «Fin de Partie» de Beckett.

Je voudrais simplement attester que de toutes les représentations de cette pièce qu’il m’a été donné de voir en français, en anglais et en allemand, celle-ci me semble de loin la meilleure. La force de la prestation de Jacques Pabst en Clov et la virtuosité de celle d’Arnaud Chabert en Hamm, me paraissent extraordinaires et au-dessus de tout éloge.
Toute la production dirigée par Sandrine Bauer et mise en scène par André Sanfratello qui jouent respectivement Nell et Nagg d’une manière aussi touchante que drôle, se recommande par un scrupuleux respect des indications scéniques données par Beckett lui-même. Respect devenu rare, mais dont la pièce à tout à gagner, tant la précision des réglages prévus par Beckett dégagent immédiatement de puissant effet, par l’équilibre parfait, toujours si difficile à obtenir, aussi bien dans «Fin de Partie» que dans «En attendant Godot», entre le comique et le tragique. Par des tempis très justes, une musicalité constante dans la mise en valeur du jeu de perspectives qui régit la pièce; par une inventivité très heureuse lorsque çà et là, l’un ou l’autre des comédiens traduit ou souligne telle intention par un geste de son cru;par le comique irrésistible, et en même-temps la gravité mélancolique, qui se dégagent de la gestuelle de Paps et de la vocalisation de Chabert.
Je puis me permettre de dire que Beckett, dont «Fin de Partie» était sa pièce préférée eût-il vu ses représentations, il en eût été ravi ne serait-ce, je le répète, qu’à cause de la parfaite fidélité à ses intentions avec laquelle il est servi : Loyauté dont il m’appartient plus qu’à d’autres de dire qu’il l’appréciait par-dessus tout, parce qu’il m’en a beaucoup parlé, exemples à l’appui, et à laquelle il avait coutume d’être profondément reconnaissant : car Beckett dans sa grande humilité, a toujours exprimé avec force sa reconnaissance aux comédiens qui lui avaient été fidèles, ce qui n’est pas si facile. C’est la raison pour laquelle je me permets, cela étant rappelé, d’inviter la Critique et la Presse à venir voir cette pièce pendant qu’il est encore temps. Pour moi, je le répète, j’aurais fait le devoir qui m’incombe en la circonstance rare ou le génie de l’œuvre et le très grand talent du jeu se rencontrent d’une manière aussi harmonieuse. Et je dis aux comédiens et à leurs collaborateurs, Lumière, Costume et Décor ma profonde admiration et ma neuve mais durable affection.»

Par André Bernold, maître de conférences honoraire à l’université du Michigan, Etats-Unis.

«Fin de partie» de Samuel Beckett. A l’Espace 44 edu 10 au 15 décembre. Durée : 1h30.