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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Gare à Teulé !

Le dernier roman de Jean Teulé est une belle surprise qui démontre que cet écrivain à succès n’a pas dit son dernier mot. Un bon moment, très bon même.

Lou est une jeune fille ordinaire qui vit chez sa mère. Pas tout à fait quand même car elle habite au 260e étage de la Tour de l’Incendie. Et sa mère célibataire, passionnée de poterie, s’est entichée d’un étrange animal : un périophtalamus barbarus, «bestiole bizarre» surgie de la préhistoire, qui «se situe à la charnière des deux mondes» avec «une queue de poisson et déjà un museau de bovin». Précision au passage, cette «bébête» existe vraiment. On a vérifié.   

Jusque là tout va bien donc, mais le décor est planté. Loufoque. On sent bien dès les premières lignes de ce roman que Jean Teulé va se lâcher. Pour aller plus loin, beaucoup plus loin.

Et ça ne va pas tarder. Un jour, à l’école, agacée par un camarade qui se moque de «ses incisives un peu trop avancées», Lou lui réplique : «Je voudrais que tu tombes dans l’escalier». Un voeu aussitôt exaucé puisque le garnement «bascule en arrière, enchaine les pirouettes» avant de «se casser le nez». 

Rapidement elle va récidiver en vérifiant son pouvoir sur «une rousse flamboyante» qui «monte à dos de kangourou tous les weekends». Et qui a osé la cafter. Bras cassé ! On est alors page 18. Et le pire est à venir. 

Un policier du quartier a vent du phénomène, au Bar des Sanglots où il boit «un chagrin noir comme chaque fin d’après-midi après le travail». Ce «gardien de la paix» informe son supérieur qui lui propose «une mutation» et «un soutien psychologique». Avant de revenir à la raison en alertant le ministre qui lui même saisi le président de la République, un dépressif qui vit dans le palais «Boule de neige» en se gavant de médicaments.

L’enfant est alors kidnappée par les autorités pour être enfermé dans un lieu secret où elle est prise en main par trois galonnés pittoresques : Armand Mangeboeuf de Bois-Joli, «chef de guerre au sol», Paul Ecaille, «chef des guerres dans l’eau», et Attila Nicolle, «chef des guerres en l’air». Le début d’une série d’exploits signés Lou qui va mettre le monde à l’envers. En écoutant «des chants d’animaux qui n’existent plus» et en dégustant un pittoresque «ragout de saucisses». 

On s’arrêtera là. Pour savoir plus, il suffit de débourser 4,50 euros sur le Bon Coin. La rançon du succès ! 

Mais on vous recommande, à tout prix, la lecture de ce roman pas comme les autres. A peine plus de 200 pages, trois heures maximum. Après on se sent mieux. Détendu et rigolard. On contemple alors «le chaos du monde» avec une certaine désinvolture !

Une superbe fable sur le pouvoir, au fond. Mais surtout un style déjanté tout à fait inhabituel dans cette univers littéraire assez convenu. 

Il y a du Boris Vian chez ce Teulé loufoque. Un rythme aussi, assez musical, qui rappelle «L'écume des jours». Une drôlerie grinçante aussi où on peut glisser ses propres délires.

Mention spéciale, pour conclure, à ce président dépressif qui refuse le chantage d’un géant du numérique, Pear, exigeant de faire payer un impôt à tous les citoyens du monde. Il va alors faire une déclaration surréaliste à la télévision : «Alors bande d’abrutis de chez Pear, moi j’ai deux mots à vous dire…». Le tout assorti d’une exigence très drôle. Et d’une menace tout aussi drôle. Gare à Lou ! 

Mais on ne résistera pas au dernier mot de la jeune fille hésitant à jeter un sort à «un furieux» qui vient d’agresser sa mère au Bar des Sanglots : «Est-ce qu’il a des excuses ?». 

«Gare à Lou» de Jean Teulé, aux éditions Julliard. 182 pages. Il présentera son livre samedi 13 avril, 16h, à la librairie Decitre de Caluire.