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Green Book résiste au temps

Près de trois mois après la sortie de «Green Book», trois cinémas lyonnais continuent à projeter ce film. Souvent à guichets fermés. Un phénomène.

Samedi 14 avril, Lumière Bellecour. Séance de 20h20. Complet, une bonne dizaine de spectateurs seront refoulés. Incroyable pour un film à l’affiche depuis trois mois. Alors qu’un nouveau long-métrage tient rarement plus d’une ou deux semaines. Même avec un bel Oscar. 

La magie de ce «Green Book» ? Une histoire simple et forte. Histoire vraie, celle d’une rencontre entre deux hommes que tout sépare. 

New-York années 60. Tony se retrouve au chômage après une bagarre dans une boite de nuit. Une caricature ce grand gaillard. Blanc d’abord, dans une Amérique où les «nègres» sont encore traités comme des esclaves. Italien, prolo et bon vivant, marié, deux fils, des idées courtes, macho et raciste, des muscles et du culot. Une formidable tchatche. 

Mais la force de ce film est de ne pas en faire un diable. 

Tony cherche un job pour faire vivre sa famille. Et il se retrouve face au Dr Shirley. Un noir ! Pianiste, virtuose, silhouette longiligne, couvert de diplômes, fin et cultivé, riche et célèbre, hautain… Et en plus homosexuel ! 

Un duo qui va prendre la route. Huit semaines. Direction le Sud des Etats-Unis où survivent les préjugés les plus stupides dans un pays qui vient d’élire Kennedy. 

Road movie qui s’annonce musclé. Au volant, le petit blanc, à l’arrière le grand noir. Vous contre tu. Des étrangers !

Son job : piloter le Dr Shirley d’une ville à l’autre où il doit donner des concerts, s’assurer qu’il disposera d’un piano à la hauteur, Steinway, et d’un hôtel ou d’un restaurant qui accepte les «gens de couleur». Grâce à ce Green Book qui les recense. 

Dans la belle Cadillac turquoise, les deux hommes s’affrontent. Deux langages, l’un raffiné, l’autre rugueux. Tony parle, parle… Et ne se laisse pas faire. Alors que son «boss» lui demande d’un ton ferme de «regarder la route», de ne pas fumer, de ne pas jeter ses gobelets de soda par la fenêtre… Il hausse les épaules. Mais s’exécute, parfois. En râlant toujours : «Je suis plus noir que vous».

Et la musique se faufile. «C’est un génie, je crois», murmure Tony, ému, un soir de concert. Une vraie complicité va alors naitre peu à peu entre ces deux caractères.  

Des séquences émouvantes et très drôles. Notamment quand l’Italien «demi nègre» s’insurge alors que son patron se fait traiter de «bamboula». Ou quand un boutiquier refuse de lui vendre un costume, qu’un policier l’envoie en prison pour rien, qu’une bande de cow-boys alcoolisés tentent de lui faire la peau…

Et puis il y a ces lettres que Tony écrit à sa femme. Shirley corrige, dicte certains passages… Des regards qui se croisent. Deux solitudes qui s’apprivoisent. 

Avec un joli final à l’américaine. Un bar black où le pianiste de jazz va soulever l’enthousiasme en jouant du «Joe Pin», Chopin. Avant de reprendre la route avec son ami Tony pour un dîner de Noël en famille chez les «ritals». 

Un peu naïf, certes. Mais un bel optimisme. Sobre et sensible. Porté par un fabuleux jeu d’acteurs.  

De quoi provoquer des applaudissements chaleureux, un samedi soir, dans un cinéma au coeur de Lyon. Rare ! 

«Green Book» de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali. Durée : 2h10.