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Huis-clos à Givors

Le Théâtre de Givors propose deux nouvelles représentations de «Play Strindberg», mis en scène par son directeur, Yves Neff. mytoc.fr avait assisté à la première répétition publique en janvier dernier.

Jeudi 7 janvier, 14h30. Yves Neff, le directeur du Théâtre de Givors est avec ses trois comédiens. Six semaines qu’ils travaillent sur le texte de Friedrich Dürrenmatt, «Play Strindberg», publié en 1969. L’histoire du tyrannique Edgar, un ancien militaire, et d’Alice, qui a renoncé à sa carrière d’actrice pour se consacrer à son époux. Un couple marié depuis 25 ans qui vit sur une île et se déteste. Un huis-clos très tendu. Quand Kurt, le cousin d’Alice débarque à l’improviste, la tension va encore monter d’un cran.

Pour cette première, une vingtaine de personnes. Des étrangers en insertion pour apprendre le français. Parmi eux, beaucoup de femmes, certaines voilées. La plupart entrent pour la première fois dans un théâtre. 

Yves Neff les invite à s’installer sur les gradins en bois installés sur la scène. Plus d’une centaine de place. «C’est la première fois qu’on va travailler la pièce en musique», explique-t-il. Derrière ses platines, Philippe «Pipon» Garcia, figure de l’expérimentation musicale. Les trois comédiens s’avancent. Rémi Rauzier, le mari en jean, chemise grise et baskets. Caterina Riboud, sa femme, tout en noir. Et Thomas Poulard, le cousin, lunettes rondes, veste marron. Pas leurs tenues de scène. 

Ils vont interpréter le deuxième round. «Au premier round, le couple s’est disputé. Qu’est ce qu’ils se reprochent ? Tout !» Rires dans l’assemblée. 

Les comédiens se mettent en place. «Enfin de la visite !» Poignée de mains entre hommes, bise entre cousins. Quinze ans qu’ils ne se sont pas vus. «Sur cette île, c’est moi qui commande», répète l’ancien militaire. Quelques trous de mémoire. Yves Neff joue les souffleurs. Pantalon rose et gilet gris, il tient à la main des feuilles surlignées de toutes les couleurs. Un mot pour retrouver le fil de l’histoire. «L’essentiel c’est que votre mariage tienne», enchaine Kurt moqueur qui s’interroge : «On n’a pas oublié un truc ?». Et il ajoute : «Un mariage est de toute façon un gâchis !». 

En fond sonore, un souffle. La tempête qui s’annonce. Puis un télégramme. Vibration aigüe qui surprend le public. Petit clin d’oeil du metteur en scène au musicien. L’effet fonctionne bien. 

Les acteurs enchainent. Plongée dans des souvenirs de famille. Un album de photos défile, des feuilles reliées par une spirale en plastique noire. «Les décors ne sont pas prêts ! A ce moment, un piano entre sur scène…»

Quelques minutes de pause. Echange avec les spectateurs du jour. «Ça va ? Vous arrivez à comprendre ?» Pas simple pour ceux qui maitrisent encore mal le français. Yves Neff explique : «Au total, il y a 12 rounds. On les travaille les uns après les autres. Mais on en est vraiment aux prémices, on ne sait pas jusqu’où on va aller». En début de semaine, ils ont fait un test avec des personnages grimés en blanc, plus clownesques. «Ça fonctionne aussi». 

Le positionnement du public, très proche et en cercle, perturbe les comédiens. «Les premières minutes, je n’étais pas du tout à l’aise, je ne savais pas où regarder», avoue Caterina Riboud. Ses partenaires acquiescent : «C’est très dur de se concentrer car on voit le moindre geste et la moindre expression des spectateurs». Yves Neff leur répond : «Si le public s’ennuie, vous allez tout de suite le sentir !».

La répétition reprend. Troisième round, Edgar est pris de vertiges. Il faut caler la musique sur ses chutes. Un autre problème surgit. Les comédiens, trop statiques, ont tendance à toujours tourner le dos aux mêmes spectateurs. «Essaie de mettre la chaise au centre». De plus en plus à l’aise, ils commencent à jouer avec la salle. L’un s’assoit sur un banc, l’autre apostrophe une jeune femme. «On peut aller plus loin, quitte à demander à certains de se lever». 

Une heure. Yves Neff est impatient de recueillir l’avis de ces premiers spectateurs. Certains ont rit lors des disputes du couple. Pas besoin de mot pour comprendre. La gestuelle suffit parfois. «Il faut faire preuve d’un peu d’imagination», reconnait le directeur, qui s’inquiète également du confort : «On va ajouter des coussins».

Reste l’éclairage à finaliser, le son à régler les décors à réaliser… «Il y a des metteurs en scène qui viennent aux répétitions avec tout dans la tête. Moi je préfère travailler par petites touches». Mais il reconnait : «Il y a encore du boulot !». 

Ce qui l’a séduit dans cette pièce de Friedrich Dürrenmatt : «Un texte, dynamique, incisif. Un vrai ping-pong verbal». Mais aussi l’histoire «sombre et violente» qu’il considère comme «une métaphore de l’état actuel du monde où les intérêts personnels priment sur le reste». 

Après plusieurs représentations qui ont enchanté le public, «Play Strindberg» est reprogrammé les 13 et 15 décembre. Hors du théâtre cette fois. Travaux obligent, les acteurs vont s’installer dans des gymnases, pour une nouvelle expérience.

«Play strindberg» mis en scène par Yves Neff. Avec Rémi Rauzier, Thomas Poulard et Caterina Riboud. Durée: 1h20.

Vendredi 13 décembre à 20h au gymnase de Bans. Et dimanche 15 décembre à 15h au gymnase Joliot Curie de Givors.

Crédit photo : Carla Neff