0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un petit port au coeur de Lyon est menacé. Le port de l’Occident. Situé en bord de Saône, prés de la Place Carnot, il accueillait avant guerre des péniches qui débarquaient des tonneaux de vins pour approvisionner la ville. Un site idéal pour contribuer à réunir la Presqu’île coupée en deux par l’autoroute et la voix ferrée. Interview de l’architecte urbaniste Jean-Paul Dumontier qui a fait toute sa carrière au ministère de l’Equipement.

«Il faut sauver l’Occident !»

Pourquoi vous mobilisez-vous pour sauver ce port de l’Occident ?
Jean-Paul Dumontier : Parce que je suis un défenseur du patrimoine, notamment du patrimoine industriel. Je suis président d’une association, «Usine sans fin», qui défend ces sites souvent méprisés ou ignorés, condamnés à disparaitre dans l’indifférence générale. Un combat qui a permis de sauver et mettre en valeur, par exemple, le barrage de Cusset à Vaulx-en-Velin qui a été à l’origine de l’arrivée en 1902 de l’électricité à Lyon.
Mais ces sites sont tout de même moins intéressants sur le plan architectural, esthétique…
Pas du tout ! Le barrage de Cusset est considéré comme un Chenonceau industriel. Il a d’ailleurs été conçu par un architecte, Grand Prix de Rome, Albert Tournaire, qui a réalisé les Galeries Lafayette à Paris, l’hôtel de la Caisse d’Epargne à Marseille… Ces bâtiments industriels sont intéressants sur le plan esthétique, technique, mais ils sont également les témoins d’un passé. Avec, à l’origine, de grands architectes, des élus et des entrepreneurs inspirés.
Alors pourquoi sont-ils négligés ?
Parce que le ministère de la Culture, qui s’est toujours méfié de l’univers économique, a édicté des règles très strictes pour protéger les châteaux et les cathédrales. Mais il n’y a aucune règle pour les monuments de l’industrie alors qu’ils sont souvent des bâtiments magnifiques.
La raison pour laquelle vous vous mobilisez aujourd’hui pour défendre ce port de l’Occident ?
Parce que je connais bien ce port où j’ai décidé d’amarrer ma péniche, au début des années 80. Après avoir traversé trois fois la France en bateau, ce qui m’a permis de découvrir tout un patrimoine de canaux mais aussi de bâtiments industriels situés justement au bord des fleuves : écluses, docks, hangars, entrepôts…. Et je me suis arrêté à Lyon, au Port de l’Occident en tombant sous le charme de ce site. Un des premiers ports de Lyon malheureusement abandonné.
Pourquoi cet abandon ?
Après la deuxième guerre mondiale, le port de l’Occident a été désaffecté à la suite des bombardements qui ont touché le Pont Kitchener. Il a alors été déplacé au sud : Port Rambaud d’abord, puis Port Edouard Herriot. Un site exceptionnel laissé à l’abandon sans qu’on essaye de lui trouver une autre vocation.
Mais c’était logique que ce port quitte le centre-ville ?
La plupart des villes européennes ont effectivement rejeté leur port à l’extérieur. Même si quelques-unes ont eu l’intelligence de les conserver en centre ville, comme Anvers et Gênes, pour préserver leur identité fluviale ou maritime. Une autre logique à mon avis plus pertinente.

«INTERDIT AU PUBLIC»

Quel est l’intérêt de ce site ?
Il suffit d’aller se promener le long du quai pour comprendre. Il est situé sur les bords de Saône au coeur de Lyon. A coté de la gare de Perrache avec vue sur Fourvière. Un site stratégique aussi sur le plan urbanistique car il s’inscrit dans le beau projet d’aménagement des berges de la Saône, du château de Rochetaillée au Confluent. 15 km avec une piste cyclable qui devrait permettre aux vélos de traverser Lyon en bord de Saône, comme au bord du Rhône, sans croiser une voiture. Même chose pour les piétons qui peuvent se balader dans un espace paisible, au bord de l’eau. Avec de la verdure, des bancs, des oeuvres d’art…
Or cette belle promenade est interrompue par le Port de l’Occident, quelques centaines de mètres, aujourd’hui fermé par des grillages, interdit au public… Une sorte de mur de Berlin qui coupe la Presqu’ile en deux. Une presqu’ile déjà divisée par une barrière de béton, l’autoroute A7, une ligne de chemin de fer et la gare de Perrache. Alors qu’on est aux portes du périmètre UNESCO classant le centre de Lyon au Patrimoine mondial de l’humanité.
Où se situe exactement ce port ?
Quand vous prenez le quai Tilsitt au niveau de la place Bellecour en direction de Perrache, côté Saône, puis quand vous continuez quai Joffre, anciennement quai de l’Occident, vous tombez à droite sur le port. Juste avant le pont Kitchener, ce pont qui relie la Presqu’île à la montée Choulans, qui mène au Point du Jour, à Fourvière, Sainte-Foy….
Quelles sont les caractéristiques de ce site ?
C’est une bande de 300 mètres le long de la Saône sur 20 mètres de largeur. Avec deux bâtiments. Le bâtiment principal, autrefois les entrepôts du port, connus des Lyonnais pour avoir hébergé des boites de nuits ou des brasseries, comme la Voile, le Pop… Et un bâtiment secondaire, où se trouvait une bourse d’affrètement. C’est ici que les mariniers se voyaient attribuer leur chargement. Et puis il y a le port lui-même, une estacade, c’est-à -dire une plateforme construite sur le fleuve qui permettait aux wagons et aux grues de venir charger et décharger les bateaux. Avec des rails reliés à la gare de Perrache.
A qui appartient ce port ?
Les berges et les bâtiments appartiennent à l’Etat. C’est ce qu’on appelle un domaine inaliénable. Un terrain qui correspond à la surface inondable en cas de très grandes crues. Cette zone a été concédée dans les années 80 à un établissement public, VNF, Voies Navigables de France, qui est chargé de l’entretenir et de concéder ces bâtiments à des exploitants.
Ce port est totalement désert depuis la guerre ?
Non, le bâtiment principal a été occupé successivement par différents professionnels de l’animation nocturne qui ont plus ou moins réussi. Alors que le second bâtiment a été occupé par VNF qui avait installé des bureaux.
Et aujourd’hui ?
Un réseau de brasserie connu pour ses boites de nuits à Lyon, le Pop, a l’autorisation d’exploiter le bâtiment principal jusqu’en 2029. Alors que le second bâtiment est occupé aujourd’hui par Ultimae, un label de musiques actuelles, qui a été autorisé à exploiter ce bâtiment jusqu’à fin 2018.
Mais ces deux structures sont aujourd’hui paralysées par cet arrêté de péril qui leur interdit de recevoir du public alors que c’est justement leur vocation. Du coup, VNF est obligé de réagir en réalisant en urgence des travaux sous peine de payer des indemnités importantes, notamment au Pop.

«UNE ESTACADE ENCORE TRES SOLIDE» 

Quel est l’état de ce site aujourd’hui ?
C’est justement le problème. Ces bâtiments n’ont pratiquement pas été entretenus depuis des années par VNF. Ce qui a conduit la ville de Lyon, après expertise, à prendre un arrêté de péril qui en interdit l’accès au public.
Conséquence de cette fermeture au public ?
Cette zone n’est plus accessible aux Lyonnais. Totalement contradictoire avec le projet d’aménagement de la promenade en bord de Saône, aujourd’hui pratiquement achevé. Manque seulement ces 300 mètres et quelques dizaines de mètres au niveau de la Place Bellecour.
Mais les experts estiment que le site est dangereux !
Non, cette estacade est très solide. Du béton armé et même très armé.
Une expertise a été réalisée ?
Deux expertises ont été réalisées. Une de VNF dont on ne connait pas le résultat. Une autre, par l’exploitant du bâtiment principal et qui serait contradictoire mais dont on ne connait pas non plus le résultat exact
Alors pourquoi cet arrêté de péril ?
Mystère. Mais j’ai l’impression que la ville a pris cette décision pour se protéger de toutes responsabilités en cas de problème.
Mais cette dalle semble fragile…
Il faut se méfier des apparences ! Certes le revêtement s’est un peu dégradé avec les pluies et le temps. Mais cela exigerait simplement de réaliser un renforcement du sol en surface. Une chape de 5 centimètres suffirait.
D’autant qu’on a retrouvé dans les archives le schéma de construction : cette estacade est construite sur une centaine de pieux en béton armé, plantés au fond de l’eau, reliés par des croisillon en béton armé également. Sur ces pieux a été posée une dalle d’environ 50 centimètres. Un ouvrage réalisé en 1914 mais qui est encore très résistant.
Et ce n’est pas une centaine de piétons qui se baladent sur ce port qui vont tout faire écrouler ! Je n’arrive donc pas à comprendre pourquoi cette décision et surtout pourquoi cette décision a été prise aujourd’hui.

«INERTIE ADMINISTRATIVE»

La solution ce n’est pas de tout casser ?
Non, non, il faut le restaurer car la structure est solide. C’est même étonnant qu’un ouvrage ait pu résister au temps comme ça. Cela s’explique par la qualité des constructions à l’époque. En fait, on ne savait pas doser les ferraillages et le béton. Donc on en rajoutait. D’ailleurs, on est largement au dessus des normes actuelles. Certes, il y a des effritements en surface. Mais cela ne touche que la peau de cette structure.
Alors pourquoi fermer le port au public ?
Parce qu’aujourd’hui les bureaux d’études ouvrent toujours le parapluie. Ce qui est plus simple. J’ai discuté avec un expert de VNF qui m’a avoué : on ne sait pas au fond s’il y a un problème de sécurité car l’accès sous l’estacade est difficile ! Incroyable, non ? On pouvait très bien utiliser une barque ! Alors ils ont fait des sondages et trouvé quelques faiblesses, notamment une dalle incurvée mais qui est loin d’être susceptible de céder, vu l’armature.
Pas de problème de sécurité ?
Le problème c’est plutôt un manque de volonté pour aménager ce port. Donc la sécurité est un bon prétexte. D’autant qu’il n’y a aucun projet sérieux. En fait, ils ne savent pas quoi faire, donc ils préfèrent bricoler. Exemple, VNF a envisagé de couvrir toute cette zone d’un plateau en bois à 30 centimètres du sol. Mais ça ne résout aucun problème. Et en plus cela compliquerait l’amarrage pour les bateaux.
Comment expliquez-vous cette inertie ?
On nous explique que ça coûterait cher ! Mais la vraie raison, c’est que personne depuis des années n’a été capable de prendre les décisions qui s’imposent.
Pourquoi la ville de Lyon ne réagit pas ?
Parce que ce n’est pas la ville de Lyon qui est compétente sur cette zone. C’est la Métropole qui est en charge de ce type d’équipements structurants. Et qui doit gérer ça en accord avec VNF. La promenade le long de la Saône a d’ailleurs été aménagée au nord du Port de l’Occident par la Métropole et au sud par la SPL qui a réalisé l’aménagement de la Confluence. Une société d’économie mixte contrôlée par la Métropole.
C'est ce qui manque aujourd’hui : une autorité d’aménagement qui permettrait de concevoir et lancer un projet cohérent.
Qui décide ?
Personne en fait car VNF et la Métropole se partagent l’autorité sur cette zone. Et cette superposition de pouvoir provoque un blocage car il y a des désaccords, chacun se rejette la responsabilité, personne ne veut payer… Du coup, c’est le service minimum. Le port de l’Occident est la victime de cette inertie administrative.

«IL FAUT UN AMENAGEUR PRIVE»

Comment sortir de cette impasse ?
Une idée commence à s’imposer : que VNF se dégage de tout le fluvial dans l’agglomération lyonnaise. Pour se concentrer sur sa mission principale : le trafic fluvial, la réglementation, l’entretien des canaux et des écluses… Tout ce qui est lié à la Navigation. Pas à l’aménagement des centres-villes où ils n’ont pas la compétence, ni la légitimité. D’ailleurs, les zones urbaines en sont les premières victimes. Il y a d’autres cas, y compris dans la région, où certains sites sont dans un état lamentable, comme à Loire sur Rhône.
Il y a une bagarre entre la Métropole et VNF autour de ce Port ?
La Métropole et VNF se renvoient la balle pour savoir qui doit prendre en charge l’aménagement de ce port. VNF semble vouloir réaliser un minimum de travaux tout en limitant l’usage de cette zone. Mais sans pour autant entreprendre des travaux sur l’ensemble du port. Ils viennent justement d’annoncer qu’ils allaient consolider uniquement la façade et l’environnement immédiat du bâtiment principal en laissant les deux extrémités à l’abandon dernière des grilles. Comme le plus petit bâtiment. Ce qui est tout de même incroyable car on est au coeur de Lyon. C’est pourquoi je pense que la Métropole doit reprendre la main.
Pourquoi préférez-vous la Métropole ?
Si la Métropole prenait en charge le fluvial à Lyon, alors au moins on aurait un interlocuteur responsable. Avec des élus qui ont quand même le souci de rendre des comptes tout simplement parce qu’ils sont élus.
La solution que vous préconisez ?
Elle est simple : faire ce qu’on a fait pour aménager le Confluent. Puisque l’Etat et les collectivités locales n’ont plus d’argent, il faut lancer un appel à des opérateurs privés.
Comme au Confluent où ce sont des opérateurs privés qui ont construit ou réhabilité sans acquérir le terrain une série de bâtiments : la Halle au sel, la Sucrière, les Douanes mais aussi le cube orange, le cube vert, le cube noir… Sans un centime d’argent public.
Un opérateur privé ne sera-t-il pas tenté de faire n’importe quoi pour que ça soit rapidement rentable ?
Non. Il suffit de fixer quelques règles pour garder l’esprit du port, son histoire et son architecture. L’opérateur choisi présenterait alors un projet avant de lancer des travaux. Des travaux qui coûteraient moins chers et seraient plus rapides. Puis il confierait ces deux bâtiments à des exploitants.

«ON VA FAIRE DU BRICOLAGE»

Concrètement comment imaginez-vous l’avenir de ce Port ?
Je garderai une bande de promenade de trois mètres, libre, le long de la Saône. Pour permettre aux bateaux de s’amarrer. Et j’aménagerai le reste en terrasse légère avec des plantations et un bon éclairage. Ça ferait un espace légèrement surélevé, comme aujourd’hui. Quelques marches, un mètre environ par rapport aux deux autres parties déjà aménagées au nord et au sud du port de l’Occident. Et je créerai une piste cyclable à l’arrière de cette estacade où il y a une bande d’environ cinq mètres, pour faire la jonction entre le nord et le sud.
Et les bâtiments ?
Il suffit de ravaler les façades car elles sont un peu fissurées. Ou les habiller d’un revêtement. Sur le plan technique ça ne pose aucun problème. Et cela permettrait de redonner vie à ce lieu.
La dalle devra aussi être renforcée ?
Encore une fois, cette dalle est solide. Il faut juste prévoir un revêtement de quelques centimètres, qui permette de mieux la protéger.
Mais tout ça coûterait très cher…
Quelques millions d’euros. Maximum cinq en prévoyant large mais on pourrait très bien s’en tirer avec un million, y compris avec la dalle. Ce n’est pas négligeable mais ce n’est rien quand je vois les sommes engagées sur certains projets dont l’utilité n’est pas toujours évidente.
Qui va payer ?
C’est là le problème. VNF et la Métropole refusent de payer. Du coup, on va faire du rafistolage, le service minimum pour éviter un procès que l’exploitant du bâtiment principal est prêt à engager.
Comment peut-on éviter ce bricolage ?
Il faut un aménageur, un patron qui fixe une stratégie générale, un cadre. Car on ne peut pas laisser faire n’importe quoi. Mais logiquement cet aménageur devrait être mis en place par la Métropole qui doit ensuite déléguer à un opérateur la mise oeuvre d’un projet qu’elle aura approuvé et qui ait les moyens d’investir mais aussi de rentabiliser cet investissement sur le long terme…

«UNE ENQUETE QUI DORT DANS UN TIROIR»

La solution n’est-elle pas de raser ce port ?
J’ai toujours défendu la ville sur la ville. La ville qui se construit sur elle-même. Pas en s’auto-détruisant. Et il n’y a pas de limite à l’imagination. A condition qu’on prenne une vraie décision pour construire un projet qui ait du sens.
Mais ce ne serait pas plus simple de tout raser ?
Non, techniquement ce ne serait pas facile. Car ces bâtiments sont solidaires de la dalle. Si on casse les bâtiments ça écroulera la dalle. Et même si on choisissait cette solution cela risquerait de créer un grand espace vide. Un trou dans la ville alors qu’au contraire il faut penser cette balade des bords de Saône, l’animer, la faire vivre… Pas en faire une sorte d’autoroute qui traverse la ville et l’agglomération. Regardez ce qui a été fait à Bordeaux, c’est exemplaire !
Mais comment convaincre un opérateur privé de s’engager ?
Il suffirait de lancer un appel d’offre. De céder cette zone pour un euro. A charge pour l’opérateur de réaliser les travaux et de trouver des activités rentables. Sans que ça coûte un centime à l’Etat et aux collectivités territoriales. Quand on voit le nombre de candidats qui se précipitent sur la salle Rameau, un site qui exige pourtant un projet complexe, je suis sûr que les candidats seront nombreux à s’intéresser au Port de l’Occident qui est un lieu superbe où au fond, les problèmes sont assez simples à résoudre.
Qu’est ce qu’on pourrait faire de ce port une fois les travaux achevés ?
Ce port peut redevenir un lieu d’animation au coeur de la ville où on peut faire venir des start-up, aménager des terrasses pour quelques bistrots et restaurants, accueillir des activités culturelles mais aussi des associations… Une chance pour ce quartier d’Ainay qui n’est ni très drôle ni très dynamique même si ça commence à bouger.
Mais cela provoquerait des nuisances notamment pour les riverains qui aspirent à un minimum de tranquillité…
On peut transformer cet ancien port en un lieu culturel et touristique, gastronomique aussi qui soit attrayant. Sans en faire un cirque avec des boites de nuit, ce qui agacerait les riverains qui, je le comprend, réclame un minimum de calme. Mais il veulent aussi voir leur quartier s’animer.
Cela exigerait une enquête publique pour recueillir l’avis des riverains !
Une enquête publique réalisée en mars 2013 a été présentée l’année dernière. Elle conclut qu’il faut réaliser un aménagement concerté de cet espace en rénovant les bâtiments et le port lui-même tout en assurant une continuité notamment cycliste et piétonne. Mais cette enquête dort aujourd’hui au fond d’un tiroir !

«UNE VERITABLE PERSECUTION»

Qui peut débloquer la situation ?
Quelqu’un qui ait compris le problème, avec une certaine largeur de vue. Et qui ait l’autorité pour prendre la décision afin de mettre en oeuvre une solution.
Des noms !
Le préfet d’abord car c’est un terrain qui appartient à l’Etat. D’autant qu’il a l’autorité sur VNF qui est tout de même un service public. Il y a aussi David Kimelfeld, le président de la Métropole car c’est la Métropole qui est compétente dans l’aménagement des rives de la Saône. Et il semble être quelqu’un de pragmatique car il a une expérience d’entrepreneur, en plus, dans l’affrètement maritime !
Vous n’attendez rien de VNF !
Une nouvelle directrice de VNF vient d’être nommée à Lyon. Je ne sais pas si elle a été informée du problème. Mais j'espère qu’elle va faire bouger les choses. Elle est Préfet, elle devrait donc avoir un sens politique, c’est-à-dire une vue un peu plus large des problèmes. Elle peut donner une impulsion nouvelle par rapport à celle qui l’a précédée qui bloquait tout, y compris le moindre ponton. En invoquant toujours la faiblesse de ses moyens. Mais ça ne suffit pas à tout justifier.
Vous êtes très critique vis-à-vis de VNF ?
Pas du tout, je discute avec eux. Et j’ai conscience qu’ils font un travail difficile, sans grand moyen. Mais c’est un service public, au service des citoyens et non pas au service d’une simple logique administrative. Ce qui exige de voir plus loin.
Quel est le rôle de VNF ?
C'est l’outil technique et opérationnel de l’Etat dans la gestion des cours d’eau. Ils ont des moyens mais le budget que leur attribue l’Etat est en baisse depuis des années. D’ailleurs, la plupart des canaux en France sont mal entretenus. Sauf ceux gérés par la CNR qui gagne de l’argent avec ses barrages en produisant de l’électricité.
Mais VNF perçoit des taxes payées par les mariniers !
Des taxes qui augmentent, sans explication. Mais les mariniers comme les contribuables le savent : il faut remplir les caisses ! D’où une véritable persécution qu’ils font subir aux propriétaires de péniche, qui ont des revenus souvent modestes, en imposant des contraintes extrêmement pointilleuses et à la clef des procès verbaux exigeant toujours de payer, payer… Et vu la situation financière de VNF, ils vont encore en rajouter. Tout en fermant les yeux sur d’autres problèmes.

«NI TRANSPARENCE, NI CONCERTATION»

Comment Gérard Collomb voit l’avenir de ce port ?
Même s’il a toujours un oeil sur sa ville, il est aujourd’hui ministre de l’Intérieur et je crois qu’il n’a pas le temps aujourd’hui de s’intéresser à ce petit port de la Presqu’ile, même si c’est un enjeu important pour l’aménagement de la ville et de la Métropole. En plus, je ne suis pas sûr que ce serait forcément bon qu’il s’en mêle pour résoudre cette affaire.
Collomb est hostile à votre projet ?
Je ne sais pas, je n’ai pas eu l’occasion de lui en parler. Certes il a été un bon maire, il a pris de bonnes décisions pour cette ville. Mais je crois que c’est un élu qui a une vue un peu théorique des cours d’eau qui traversent sa ville. Exemple, il est allergique aux bateaux ce qui est paradoxal pour un amateur de voile. D’ailleurs, chaque fois que je le rencontrais quand il était maire de Lyon, il me lançait : toi le marinier qu’est ce que tu es encore en train d’ inventer ?
Pourtant il a aménagé les berges, la darse… Mais il s’est toujours opposé aux bateaux, et c’est le genre à se braquer. C’est comme ça qu’il a refusé l’intégration du Vaporetto, la navette fluviale, dans le réseau des transports en commun lyonnais, mais aussi que des péniches stationnent dans la darse…
Au fond qu’est ce qui vous parait essentiel dans l’avenir de ce port ?
En tant qu’urbaniste, je pense que c’est une occasion de repenser cet espace à l’échelle de la ville et de la métropole pour relier les deux parties de la presqu’île encore coupées par le complexe autoroutier et la gare de Perrache. Alors que justement on est en train de réfléchir pour améliorer par exemple la circulation des vélos et des piétons entre la Place Carnot et la Place des Archives. Sans parler des réflexions sur l’enterrement de l’autoroute ou de la gare.
Pourquoi cette inertie ?
On est dans un pays paralysé par son administration qui est loin d’être innovante et dynamique. Je sais de quoi je parle puisque j’ai travaillé pendant 44 ans au ministère de l’Equipement. Il y a des équipes de valeur et compétentes dans la fonction publique, des gens honnêtes, travailleurs mais un système qui décourage les bonnes volontés. Un système qui oublie surtout qu’il est au service des citoyens. D’où cette absence de transparence et de concertation. Du coup, on laisse pourrir les problèmes et on s’étonne ensuite quand ça explose.
Vous envisagez de lancer une pétition sur internet pour sensibiliser les autorités ?
Pourquoi pas ! Si au cours des semaines qui viennent, on continue à bricoler et à refuser de réfléchir sérieusement à une vraie solution, il faudra alerter les Lyonnais pour qu’ils se mobilisent et fassent pression sur les autorités. Ce sera malheureusement la seule solution. C’est ce qui a permis, au fond, de trouver une solution au Musée des Tissus. Même si on peut discuter du projet qui n’est d’ailleurs pas encore très clair.

«DES ELUS HOSTILES AUX BATEAUX»

Vous n’avez pas parlé des bateaux amarrés au Port de l’Occident…
Pourtant je vis moi-même sur une péniche qui est amarrée ici depuis plus de 30 ans. Mais je me bats d’abord pour ce port. Pas pour mon anneau. Cela dit, là encore, les problèmes que rencontrent ces bateaux sont révélateurs. Il y en a cinq amarrés au Port de l’Occident, dont trois seulement ont une autorisation officielle (1). Il faut les maintenir car un quai sans bateau, surtout sur un port, ça n'a pas de sens. D’autant plus que cela donne de l’attrait à cette promenade. Mais VNF n’a qu’un rêve : que tous ces bateaux dégagent ! Ce qui est incompréhensible.
Pourquoi VNF veut faire disparaitre ces bateaux ?
Parce que VNF a une culture de la répression. Ils sont devenus les gendarmes du fleuve. Et non pas les protecteurs et les aménageurs qu’ils devraient être d’abord. D’ailleurs, tous les propriétaires de bateaux ont peur d’eux. Peur de se voir supprimer leur anneau, c’est-à -dire le droit de stationner s’ils émettent la moindre remarque sur leur comportement. Peur de voir leur taxes augmenter, peur d’une décision arbitraire et sans appel… Au fond je me demande si ce n’est pas cette peur qui leur donne le sentiment d’exister !
Reconnaissez qu’il y a trop de bateaux à Lyon ?
Au contraire ! Il y a une centaine de bateaux amarrés à Lyon dont la moitié de bateaux logements et le reste essentiellement des restaurants, des boites de nuit… Mais c’est ridicule par rapport aux grandes villes européennes. Et c’est le signe que cette ville n’a pas encore réussi à trouver un chemin pour se réapproprier les deux cours d’eau qui la traversent.
Mais les élus lyonnais sont au contraire favorables à la mise en valeur du Rhône et de la Saône !
C’est ce qu’ils proclament depuis des années. Mais je crois qu’ils voient les fleuves comme de simples masses d’eau pour faire joli dans le décor. Les fleuves sont vivants, avec des ports, des pontons, des bateaux, des poissons… Et même des mariniers ! C’est d’ailleurs parce qu’ils n’ont pas une vraie sensibilité fluviale qu’ils sont hostiles aux bateaux. Alors qu’à Lyon on aime cette vie fluviale. On a réalisé une enquête il y a quelques années, en interrogeant les Lyonnais. Et on a été surpris du résultat. Une écrasante majorité est favorable aux bateaux.
Cette hostilité des élus est d’autant plus incompréhensible que l’histoire de Lyon est fluviale depuis l’époque romaine. C’est même génétique dans cette ville commerçante. Une ville qui veut mettre en valeur ses fleuves sans bateaux, c’est quand même un comble ! Voilà pourquoi il faut sauver l’Occident, le port de l’Occident !

(1) les cinq péniches amarrées au port de l’Occident : Un cabinet d’avocat, un couple de musiciens, un architecte Jean-Paul Dumontier, un marinier et… la plateforme culturelle mytoc.fr qui fait partie des clandestins «sans papier» !

Photos, de haut en bas : Vue du port et du quai de l'Occident en 1920, vue aérienne de la Presqu'Ile avec au centre le port de l'Occident, la construction du port de l'Occident en 1914.