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Tribune. Le chorégraphe Thierry Malandain présente sa dernière création à la Maison de la Danse. Inspirée du célèbre mythe de Noé.

«Je rêve d’un nouveau monde !»

«Tout est parti d’une commande de Didier Deschamps pour le Théâtre de Chaillot. J’ai proposé trois sujets, dont je ne me rappelle déjà plus… Ce qui est sur, c’est qu’il a retenu «Noé». Un mythe biblique qui est devenu une légende commune à plusieurs traditions.
Au départ, j’ai trouvé ça compliqué car je ne savais pas quoi faire avec les animaux. J’ai donc décidé de les mettre de côté. Dans la chorégraphie, il y a parfois quelques allusions mais ils ne sont jamais représentés. J’ai préféré mettre en lumière cette communauté réunie dans une arche pendant quarante jours pour montrer la complexité des relations humaines.
L’autre difficulté c’était de trouver une musique. J’avais envie d’une messe pour le côté rituel. Avec l’eau qui rappelle le baptême. Mais la plupart des messes sont courtes. J’ai donc opté pour «La messa di gloria» de Rossini, qui est aussi la moins grave de toute, la moins solennelle. Car je voulais éviter le côté trop religieux. D’ailleurs, je me suis beaucoup inspiré de danses ethniques de différents pays.
Pour ce spectacle, j’ai fait appel aux 22 danseurs de ma compagnie. Mais à Lyon, il en manquera trois qui sont blessés. Comme on tourne beaucoup, on n’est jamais à l’abri d’un accident. Chaque matin c’est l’angoisse de savoir qui de la veille est toujours vivant ! Heureusement, les danseurs connaissent les rôles de tout le monde, ce qui permet de continuer à jouer quoi qu’il arrive. Pas simple car les 22 danseurs ne quittent jamais la scène pendant une heure.
Pour symboliser l’eau, trois rideaux de perles bleues. Quand le spectacle commence, ils montent progressivement pour retomber sur le sol à la fin. Un décor très graphique qui pourrait paraitre simple mais qui est complexe techniquement.
J’ai créé ce spectacle car je suis persuadé que le monde actuel a besoin de retrouver un nouveau souffle. L’actualité le démontre chaque jour ! Je suis plutôt pessimiste sur l’avenir. D’ailleurs, ça se ressent dès l’ouverture avec un extrait du «Stabat Mater» de Rossini chanté a capella. Et une première scène qui met en scène Caïn et Abel. Le premier meurtre de l’humanité ! Et je conclus de la même manière, sur la mort. Certains trouvent que c’est dommage de ne pas finir sur une note optimiste. Mais c’est ma vision du moment.
Je rêve d’un nouveau monde, mais c’est de la pure utopie. Nous sommes en ce moment à Monaco où les vitrines des grands magasins sont hallucinantes. S’il y avait un plus juste partage des richesses, la violence reculerait… Mais cela semble compliqué voire impossible. Je ne sais pas si la danse peut changer le monde, mais on peut au moins essayer d’apporter un peu de plaisir à ceux qui vivent dans ce monde inquiétant.»

Thierry Malandain

«Noé» à la Maison de la Danse du 18 au 22 décembre