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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Jouer avec la nudité»

Benjamin Forel, jeune metteur en scène de la compagnie Ineffable Théâtre, imagine des performances dans des lieux atypiques. Un artiste à suivre.

«Un peu épuisé mais des projets plein la tête…» 

Benjamin Forel, de la compagnie Ineffable Théâtre, revient tout juste de Paris où il a présenté deux de ses créations, «Didascalies» et «Le sacre du Printemps». Un rapide passage à Lyon, où il est basé, avant de s’envoler pour Florence. Mais pas question de se laisser aller au farniente. Il part «pour s’inspirer de la littérature italienne». Et notamment Dante et sa «Divine comédie», le sujet de son prochain spectacle.

«Pas un spectacle, des performances», rectifie le trentenaire aux cheveux bouclés. C’est son grand projet de la rentrée. Des performances pour un public «libre de circuler, venir, repartir, s’installer où il veut». Son ambition : casser les frontières et les codes. En proposant des créations dans des lieux atypiques : bars, musées… «Pour un public qui n’est pas là pour ça».

Première performance autour du Purgatoire de Dante. 33 poèmes récités en même temps par 15 amateurs installés dans différents espaces. Et pour pousser l’expérience encore plus loin, Benjamin envisage de bander les yeux des spectateurs. Ou de leur diffuser, en même temps, de la musique en les équipant d’un MP3. Première prévue le 8 octobre au Sofffa, un café juste derrière la place des Terreaux. En attendant, le jeune artiste recherche des volontaires. La sélection se fera tout simplement en lui laissant un message vocal sur son téléphone !

Deuxième création autour de l’enfer. Dante toujours. Deux danseurs face-à-face. Davy Fournier et Benjamin lui-même. «C’est la première fois que je serais sur scène !» Entre eux, un spaghetti cru qui ne doit jamais tomber. «Ça demande une concentration incroyable». Une véritable performance physique au cours de laquelle Benjamin va chuchoter des poèmes que les spectateurs entendront à travers des casques. Il cherche des musées pour l’accueillir.

Troisième performance : un hommage à Ren Hang, un photographe chinois qui s’est suicidé à l’âge de 29 ans. Ses photos de nus ont été censurées dans son pays. «J’ai plus de 200 photos de lui, des livres…» L’idée étant de faire appel à des danseurs qui devront tirer au sort une image avant de la reproduire. Nus évidemment. Pendant que le public devra capter l’instant avec son smartphone. Avant de découvrir la photo d’origine. Chacun son cadrage, chacun son regard. «Dans le puritanisme ambiant, je trouve ça chouette de faire jouer les spectateurs avec la nudité !» A découvrir en novembre au Lavoir Public.

Il sera également question de nudité dans la prochaine grande création de Benjamin, «un spectacle» cette fois. Nudité des sentiments avec «Mille baisers». 10 danseurs, 5 hommes et 5 femmes, qui racontent 10 souvenirs romantiques. «Chaque danseur va embrasser cent fois ses partenaires. Soit mille baisers en 45 minutes». Sur les «Quatre saisons» de Vivaldi, réorchestré par Max Richter. Première en mai 2020. 

Malgré une baisse de 25% des aides de la Ville de Lyon, Benjamin Forel et son équipe sont bien décidés à se battre. Système D. Ils sont d’ailleurs en négociation avec un partenaire privé pour obtenir un lieu de résidence la saison prochaine. Et ainsi «imaginer encore plus de rendez-vous artistiques». 

Photo de Ren Hang