0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

«L’humour c’est la saveur des mots»

Tribune. Franck Dubosc, Laurent Gerra, Florence Foresti, Gaspard Proust… Il a découvert de nombreux talents. Co-directeur artistique du festival d’humour organisé par la Maison du Peuple à Pierre-Bénite, Gérard Sibelle présente cette deuxième édition.

«La ville de Pierre Bénite a lancé l’année dernière un festival dédié à l’humour. Pas simple de se démarquer avec tout ce qui existe. On a donc opté pour quatre soirées thématiques. La première s’intitule «Hommage aux grands du rire». Après les Vamps l’année dernière, c’est Elisabeth Buffet qui vient présenter son nouveau spectacle, «Obsolescence programmée». Une femme de 50 ans qui se rend compte que la donne a changé. Cette artiste a la langue bien pendue avec un côté rabelaisien qui plait bien au public.
On a aussi une soirée «Humour citoyen». Quand on a proposé à Frédéric Fromet de venir, il n’était pas encore très à la mode. Chroniqueur sur France Inter, ses textes chantés sont impertinents et acides. Le genre à appeler un chat un chat. Il s’est d’ailleurs fait pas mal d’ennemis, comme les adeptes de la tauromachie. C’est une chance inouïe d’avoir obtenu son accord car il est archi demandé aujourd’hui.
On a aussi une soirée autour de la Belgique. Une première ! Avec deux artistes : Pierre Mathues, un ancien prof qui explique la «belgitude» aux Français, et Samuel Tits originaire de Charleroi, un style burlesque à la Poelvoorde. Les Belges sont vraiment très forts dans l’art du contrepied. Ils sont beaucoup plus clownesques quand ils s’emparent d’un sujet car ils le poussent loin…
Le dernier temps fort de ce festival c’est la soirée «Bienvenue aux numéros uns de demain». L’occasion de faire découvrir de jeunes talents. On a sélectionné cinq filles qui ont chacune un univers bien marqué. Marie-Eglantine qui, depuis qu’on lui a demandé de venir, est devenue chroniqueuse à la RTBF. Anaïs Aidoud qui a créé une pastille, «Festival de connes» diffusée sur Canal + pendant le Festival de Cannes. Une fille qui n’a peur de rien, le genre Dupontel. D’ailleurs, elle répète souvent une phrase d’Oscar Wilde : «Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais». Il y a aussi Clémence de Villeuneuve avec ses sketchs à l’ancienne. Sa grand-mère pourrait être Sylvie Joly et sa mère, Valérie Lemercier. Elle interprète toute une galerie de personnages : une babysitter des pays de l’Est, une bourgeoise qui se découvre une nouvelle jeunesse… Quatrième artiste : Christelle Canals, show girl du Var. Une petite bombe, très jeune, mais avec un spectacle accessible à tous. On a aussi une régionale : Céline Frances, qui s’est lancée il y a seulement deux ans. Une spécialiste de Molière qui a un potentiel burlesque incroyable. D’ailleurs, elle joue tous les week-end dans des cafés-théâtres en France où elle a déjà acquis une jolie notoriété. Pas simple dans cet univers où la concurrence est féroce. On a tendance à croire qu’il y a peu de femmes qui font de l’humour. Ce qui est totalement faux. Elles sont plus de 200 en France, Suisse et Belgique. Des femmes qui ont envie de monter sur scène. Hélas, la plupart sont dans le mouvement metoo. Avec des spectacles assez trash. Mais ce n’est plus très original aujourd’hui. D’autant plus qu’il y a une leader : Blanche Gardin qui ose tout, en maitrisant vraiment son écriture. Les autres ne sont souvent que de pales copies. Il y a aussi une lassitude pour l’humour girly. Ces filles qui parlent des transports en commun, des mecs lourds…
Aujourd’hui, le texte est très important, primordial même. Le jeu, ça se travaille, même si ça peu prendre du temps. Mais l’écriture, c’est ce qui nous permet de cerner rapidement si un artiste à de l’avenir. La base de l’humour c’est les mots, leur saveur… Comme Molière a su le faire avec ses comédies.»

Gérard Sibelle
Festival d’humour organisé par la Maison du Peuple de Pierre Bénite. Du 22 au 25 novembre.