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«La Cosa Nostra é finita»

Comment la mafia sicilienne a été littéralement décimée au cours des années 80. Un film sélectionné à Cannes, qui raconte le rôle déterminant joué par un repenti. Un sacré personnage ce «Traitre».

Santa Rosalia. Tout commence par une fête au coeur de la Sicile. Palerme où la sainte est vénérée tous les 15 juillet pour avoir épargné cette ville de la peste au début du 17e siècle. Une légende bien sûr quand on connait la suite.

Une fête joyeuse qui réunit tous les «uomini d’onore», les hommes d’honneur qui célèbrent leur famille et leur fortune. Champagne et feu d’artifice. Parmi eux, un seul garde le silence. Tommaso Bruscetta qui, bientôt, va parler. Un simple soldat dans cette Cosa Nostra qui sème la terreur en Italie. Mais il en impose dans cet univers. Grand et carré, costume blanc, regard noir, visage impassible. «Ha qualcosa nella sua testa», comme le souligne un de ses acolytes. Il réfléchit avant de foncer. 

En quelques images, l’essentiel est dit ou presque. Tommaso a décidé de quitter la Sicile pour le Brésil. Alors que les règlements de compte commencent à secouer la mafia. Avec, dans l’ombre, le capo Toto Riina et ses Corleone, qui éliminent toutes les autres familles avec qui il refuse de partager les millards de l’héroïne. On est début des années 80. «Italie é marcia», Italie jusqu’au sommet. Mais un petit juge résiste. Giovani Falcone, qui finira par le payer de sa vie. 

C’est lui qui convoque Tommaso et qui arrive à le convaincre de coopérer. «Je ne suis pas une balance», lui réplique celui qui a déroché, pour protéger femmes et enfants. Mais justement, ses deux fils viennent d’être égorgés par des «sicari», ses anciens amis. Alors il va craquer en expliquant : «La Cosa Nostra é finita» car elle n’a pas respecté ses valeurs en massacrant des innocents. Il va alors faire tomber 366 mafiosi, y compris leur chef et même menacer leurs complices politiques. Entrainant dans son silage d’autres repentis.

Une véritable purge qui se conclura par des procès géants où le «traditore» va tenir tête aux accusés enfermés dans leur cage qui vocifèrent en le traitant de «bastardo» et autres «figlio di puttana». Mais Tommaso ose défier le capo : «Je m’attendais à affronter un tigre et je me retrouve face une souris qui couine».

Inutile de dire que ce film rythmé par les enterrements est assez violent. Des images parfois très dures même. Mais au milieu de ce carnage, un homme s’impose, en finesse. Pierfrancesco Favino qui incarne un rôle difficile, celui du traitre. Une vraie gueule. Un jeu impressionnant. Et un espoir : pouvoir un jour aller tranquillement «mangiare il gelato a Mondelo», au coeur de Palerme. 

«Traitre» de Marco Bellocchio avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane… Durée : 2h25