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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Tandem» est à l’affiche de l’Improvidence jusqu’en mars. Interview d’un des deux comédiens qui tient la scène, Patrick Spadrille.

«La longueur évite les caricatures»

Comment avez-vous découvert l’improvisation ?
Patrick Spadrille : Quand j’avais 18 ans, j’étais comédien amateur. J’écrivais aussi quelques pièces de théâtre. Un jour, j’ai entendu parlé des matchs d’impro. J’y suis allé par curiosité et ça m’a sidéré de voir des artistes assurer un spectacle sans la moindre préparation. Alors que moi, je passais des mois à écrire et répéter. Dès le lendemain, je me suis inscrit à des cours et je suis devenu complètement accro à l’impro !
Qu’est ce que cela apporte en plus du théâtre ?
Une véritable liberté. Sur scène, tout devient possible. On peut tout explorer. C’est un plaisir différent de celui du théâtre où le comédien doit s’approprier une scénographie et un texte. Dans un spectacle d’improvisation, il faut au contraire complètement lâcher prise, être capable de sauter dans le vide. Sans rien anticiper.
Mais vous écrivez bien au moins la base de vos spectacles !
Non. L’arme d’un improvisateur c’est sa spontanéité. Si on prépare, on perd cette magie. On se lance donc sur scène sans la moindre idée préconçue.
Qu’est ce que vous proposez dans «Tandem» ?
Le point de départ de l’histoire est donné par le public : un lieu, un sujet de conversation, une action, une relation entre nos deux personnages… Du coup, le spectacle est différent chaque soir.
Le public a-t-il de l’imagination ?
Rarement. Une fois sur deux, quand on demande un lieu, on a droit aux toilettes ! Ça amuse les spectateurs mais nous, ça finit par nous lasser. C’est pour ça qu’on ne prend jamais les premières propositions, un peu trop évidentes.
Y-a-t-il différentes manières d’improviser ?
Il y a des différences culturelles, bien sûr mais ce qui nous réunit c’est l’improvisation. Je suis Belge, mon compagnon de scène est Québécois. Mais malgré les 8 000 kilomètres qui nous séparent, on s’est tout de suite bien entendu. On s’est rencontré dans un bar grâce à des amis communs et trois semaines plus tard on montait ensemble sur scène. Ce qui nous plait, c’est de replacer l’émotion au centre du spectacle. En étant toujours le plus sincère possible. On aime aussi mélanger les genres : comédie, thriller, fantastic… Et on mise sur le long form, un spectacle de 1h20 avec une histoire unique.
Pourquoi privilégier ce format long ?
Pour l’émotion. Dans la plupart des spectacles d’improvisation, les comédiens enchainent les sketchs courts. Avec un format long, on a le temps de creuser les personnages, leurs caractères, leurs travers, leurs ambiguïtés… On leur donne plus de profondeur, de nuance. La longueur évite de tomber dans les caricatures.
Quelles sont les qualités nécessaires pour faire de l’improvisation ?
Ecouter son partenaire et être attentif. Il faut avoir une mémoire infaillible et une grande capacité de concentration. Quand on fait entrer dans l’histoire un personnage qui s’appelle Robert, il ne faut pas l’appeler Roger quelques minutes plus tard. Sinon on perd toute crédibilité.
Qu’est ce qui vous inspire ?
La vie quotidienne. Il nous arrive souvent de glisser dans une représentation une conversation qu’on a eu dans la journée, une réplique entendue dans une série… Sans le faire exprès. Notre humeur du jour influence aussi le spectacle du soir.
Vous ne vous lassez jamais ?
Non. Ça pourrait arriver avec un spectacle comme «Tandem» qu’on joue depuis plusieurs années. Mais on se renouvelle en permanence. Il faut accepter de prendre des risques, chercher d’autres pistes, aller plus loin, voire se planter. Pour continuer à surprendre le public mais aussi nous-mêmes.
Quels sont vos projets ?
On aimerait tester «Tandem» au Canada, voire si notre humour fonctionne aussi bien qu’en France et en Belgique. Je travaille aussi à l’ouverture en octobre prochain du premier théâtre d’improvisation en Belgique, L’Improviste. Un peu à l’image de ce que propose L’Improvidence à Lyon. Un sacré challenge !

«Tandem» de Patrick Spadrille et Nicolas Tondreau. Du 1er au 10 mars à l’Improvidence. Durée : 1h30