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«La mort, pas une piqure de moustique»

En compétition au Festival de Cannes, «Le jeune Ahmed» des frères Dardenne raconte le parcours d’un jeune musulman radicalisé qui veut tuer sa prof, une «apostat».

Ahmed court dans les escaliers pour se cacher aux toilettes où il veut passer un coup de fil. Un binoclard chétif aux cheveux frisés et légèrement grassouillet. Inquiet car on frère Rachid est en retard pour l’emmener à la mosquée. Il a peur de manquer la prière. 

Puis il rejoint son cours du soir qui s’achève. Sa prof s’approche pour lui dire au revoir. 

«Un vrai musulman ne sert pas la main d’une femme», lui réplique le jeune homme.

Retour de la mosquée, il traite ses soeurs de putes et sa mère d’alcoolique qui lui réplique «Ce connard d’imam te bourre le crâne…».

Les premières images. Ambiance. 

Son père est mort il y a longtemps, Ahmed lui reproche de ne pas avoir été un vrai musulman. Lui ne loupe pas une seule prière et ne se sépare jamais de la photo de son cousin, mort en Syrie avec les combattants de l’Etat Islamique. Sous influence de son imam qui accueille souvent les deux frères dans l’arrière-boutique de son épicerie. Ensemble, ils regardent des vidéos de propagande, parlent de djihad et de leur professeur Madame Inès, «une apostat». L’épicier lui reproche d’avoir un compagnon juif, mais aussi d’enseigner l’arabe sans utiliser le coran. 

Ahmed va alors tenter de la tuer, à coup de couteau. Fiasco pitoyable. Paniqué, il se réfugie chez son imam qui lui ordonne d’innocenter la mosquée et de rejeter la faute sur internet ! Arrêté, le binoclard est envoyé dans un centre pour jeunes radicalisés. «La mort, ce n’est pas une piqûre de moustique», comme le dit un éducateur à Ahmed à propos de son cousin.

Sport et travail à la ferme où il rencontre Louise, une jeune blonde. Le début d’une idylle. Repenti ? En fait, le jeune homme pratique la taqiya, l’art de la dissimulation. Et il va récidiver. Sa prof toujours.   

La caméra des frères Dardenne se concentre sur cet apprenti martyr qui ne ressent aucune émotion. Lobotomisé par la religion. Des images brutes, style reportage. Un rythme lent, parfois pesant, pour dresser le portait d’un jeune paumé. Un décor qui rappelle Molenbeek, la banlieue populaire de Bruxelles d’où était originaire Salah Abdeslam, seul terroriste rescapé de l’attentat du Bataclan. 

Un regard social qui cherche à comprendre pourquoi tous ces jeunes musulmans se radicalisent. Mais pas vraiment de réponse. Si ce n’est une profonde solitude. Y compris au sein de leur communauté. A voir. 

Benoit Bouby

«Le Jeune Ahmed» de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Durée : 1h20. Sorti le 22 mai au cinéma Lumière Bellecour. Sélection officielle du Festival de Cannes.