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Plateforme pour la culture / Lyon-région

La première femme libre d’orient

Une romance insensée entre une jeune paysanne et un militant communiste qui doit éduquer un petit village musulman d’Union Soviétique. Un film rare projeté à l’Institut Lumière.

Une salle pleine à craquer. Pas la première du dernier blockbuster mais la projection d’un film soviétique en noir et blanc de 1965 ! Présenté par l’écrivain et spécialiste cinéma, Michel Ciment, dont le dernier livre explore le travail du cinéaste russe Andreï Konchalovsky, surtout connu pour son film «Tango et Cash» avec Stallone.

Adaptation d’une nouvelle de Tchinguiz Aïtmatov, «Le premier maître» se déroule au Kirghizistan près de la frontière chinoise. Peu de temps après la révolution d’octobre. Diouchen est envoyé par l’union des jeunesses communistes pour formater les enfants de Koskaï. Un village de pierre au milieu de la steppe où il croise rapidement le regard d’Altynaï. Une jeune Kirghize d’une grande beauté. A peine majeure. Son père cède facilement : «Tu peux la prendre pour en faire du ragoût». 

Ce soldat, qui ne quitte jamais son bonnet à étoile rouge, officie dans une étable. Mais il se heurte à l’indifférence des paysans illettrés. Quand la mort de Lénine est annoncée, il craque. En mettant le feu à une bâtisse et en libérant toutes les bêtes en pleine nuit. 

Au cours d’une fête de village, le chef de village décide de prendre Altynaï pour seconde femme. Une région où les femmes sont enlevées, violées et mariées de forces.

Une vision critique de cet univers soviétique qui sera brièvement censuré pour une simple scène de nu. Avant de recevoir, en 1966, le prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise. 

Le premier film de Konchalovsky. En noir et blanc évidemment. Un rythme lent, de belles images, paysages et portraits. Des transitions brutales. Accompagnées parfois de quelques notes de komouz, petite guitare à trois cordes.

L’actrice principale, Natalia Arinbassarova, alors la compagne du réalisateur, est émouvante. Comme les acteurs amateurs qui l’entourent. Alors que le «maitre» est parfait dans son rôle assez grotesque. Il enrage quand un enfant se moque de Lénine, fait apprendre par cœur à ses élèves la liste des «ennemis» et «amis» : les riches et les propriétaires contre les pauvres et les «nègres»… Ce qui provoque souvent des rires dans le public. Tout le charme de ce film aujourd’hui décalé mais qui, à l’époque, était assez révolutionnaire. Introuvable

Benoit Bouby

«Le Premier Maitre» d’Andreï Konchalovsky. Prochaine diffusion le jeudi 9 mai à 17h. 

«Andreï Konchalovsky, ni dissident, ni courtisant, ni partisans» de Michel Ciment, aux éditions Actes Sud / Institut Lumière, 272 pages