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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Lavaudant face au deluge !

Première de «L’Orestie», mise en scène par Georges Lavaudant, hier soir aux Nuits de Fourvière, sous un vent fort puis une pluie battante. Avant d’être interrompue. Une belle performance !

«Continuez ! Allez… Reprenez ! De ma joie…»

Incroyable Lavaudant. Il bondit sur scène, trempé mais déterminé. 22h30, orage sur Fourvière. Les comédiens tout à coup immobiles. Ils hésitent, se regardent… Mais celui qui vient de fêter ses 72 ans ne lâche pas. Une figure du théâtre contemporain. De la fameuse Maison de la Culture grenobloise au TNP Villeurbanne jusqu’à l’Odéon parisien. Trois institutions qu’il a dirigé d’une main de maître en imposant son théâtre. Engagé, militant, politique. Mais un art d’abord. 

Alors c’était bien lui, comédien avant d’être dramaturge et metteur en scène, qui a été la star de cette soirée, hier. Parfait, Monsieur Lavaudant ! 

Lui qui a été un pionnier dans ce combat contre les classiques, présentait justement à Fourvière, le classique des classiques : «L’Orestie» d’Eschyle. Unique trilogie tragique léguée par la Grèce, 2400 ans mais toujours très actuelle. Alors on l’attendait au tournant, cet animal. Mais lui qui a toujours su provoquer son public, avait convoqué une météo hostile. Et le ciel lui a donné la réplique. Sous la pluie, pieds nus, sa petite troupe relève le défi. 

«Zeus, Zeus, contemple notre état…», lance celui qui incarne Oreste avec conviction. Avalanche de rires et d’applaudissements dans ce public frigorifié. Alors que les techniciens débranchent les projecteurs pour éviter les courts circuits. Un éclair ! Jeu de lumière ? Un coup de tonnerre. Sonorisation ?

En levée de rideau, on annonçait «quelques gouttes» mais c’est la tempête qui s’est déchainée sur le théâtre de l’Odéon, à l’ombre du grand amphithéâtre. Sur les gradins, on enfile des ponchos en plastique. Bien décidés à résister. L’orage redouble. Zeus est inflexible. Peu à peu, quelques spectateurs renoncent.

Tout à coup, Lavaudant, surgit à nouveau des coulisses. Il prend par l’épaule ses comédiens qu’il congratule. Et d’un geste, il fait taire Eschyle. Alors que Dominique Delorme, le directeur des Nuits de Fourvière, saisit un micro : «Vous avez tous été héroïques !». 

23h. Une heure avant le final. Difficile donc de réaliser une vraie chronique de cette «Orestie». Quelques mots seulement. Un texte superbe, bien sûr. Respecté et même mieux, porté par ces vents contraires. Des comédiens très engagés, notamment les deux «vieux» sages, qui ont tenu avec panache cette tragédie puissante et fragile. 

Un décor saisissant de simplicité. Simple plaque de marbre blanc lézardée pour figurer le palais d’Argos, sol immaculé, au loin un mur sombre. Et des personnages qui surgissent, costumes noirs, longue robe rouge… Un messager, torse noir et musclé. Tout le monde connait l’histoire. Fin de la guerre de Troie. Retour du héros dans sa ville. Agamemnon. Barbe grise et tunique verte, escorté de la belle Cassandre. Il a sacrifié sa fille Iphigénie pour emporter la victoire. Son épouse et son fils Oreste vont alors frapper…  

«On ne lutte pas contre la force du destin.»

Un superbe déluge sur la colline de Fourvière !

«L’Orestie» d’Eschyle mise en scène par Geroges Lavaudant avec Pascal Rénéric, Anne Alvaro, Carlo Brandt, Irina Solano, Camille Cobbi, Astrid Bas . Durée 2h30. Aux Nuits de Fourvière, théâtre de l’Odéon. Jeudi 6, vendredi 7 et samedi 8 juin à 21h30. 

Photo : Georges Lavaudant