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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Le manifeste d’Alain Garlan

«Tout le pouvoir aux artistes !» C’est l’appel lancé hier soir sur la péniche mytoc par le fondateur du collectif Frigo en présentant son roman. Il a critiqué le fonctionnement de l’univers culturel sans proposer de solutions miracles car, pour lui, c’est le système qui est en cause.

Artiste «Comment définir un artiste ? C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre simplement. Quand l’esthétique s’en mêle ça devient compliqué. En revanche pour être intronisé artiste il doit répondre à la règle des trois P, comme en marketing. Avoir la reconnaissance de ses pairs, de la presse et des experts au sens large, et du public. Ce sont les trois juges, les trois tribunaux qui décident qui est artiste ou pas. Mais il y a bien sur une dimension moins rationnelle. Un artiste est porté par quelque chose qui le dépasse, une transcendance, pas divine mais humaine. Ce qui reste difficile à comprendre dans nos sociétés dites modernes. Si on ne vit pas de son métier, c’est un problème. Malheureusement être artiste est donc souvent perçu comme une passion plus qu’un travail». Surproduction «Il y a de plus en plus d’oeuvres produites. Les artistes ont donc une visibilité plus courte. Il n’y a qu’à regarder le nombre de livres édités à chaque rentrée littéraire ! C’est difficile pour le public de s’y retrouver. Du coup, une grande partie de cette production n’est pas viable car beaucoup d’oeuvres ne rencontrent pas leur public. C’est la dérive du système capitalistique où le c’est plus fort qui gagne !» Droits d’auteurs «Les artistes doivent être payés pour leur travail, mais avec le droit d’auteur ce n’est pas le cas. On leur fait déposer leurs oeuvres pour les protéger mais ces artistes ne toucheront des dividendes que s’ils réussissent. Exemple, seulement 1,7% des musiciens touchent 90% des droits reversés par la Sacem ! Et 75% ne touchent absolument rien ! Ce qui me désole c’est que tout le monde, de la gauche à l’extrême gauche, regarde ça sans réagir. Le système des droits d’auteurs affirme protéger les créateurs mais en réalité il protège les plus riches !» Intermittents «Les intermittents sont environ 130 000, de plus en plus nombreux chaque année. Le problème c’est que ce sytème les protège et en même temps les enferme dans une nasse. Car ces indemnités remplacent une juste rémunération de leur travail. Mais personne n’ose s’attaquer à ce problème. L’intermittence concerne aussi beaucoup de techniciens. Ce qui n’est pas étonnant car ce sont les techniciens du cinéma qui ont crée ce statut après guerre. Je pense qu’ils pourraient bénéficier d’un régime de chômage particulier. Et que ce statut d’intermittent pourrait être réservé aux artistes. Mais une fois encore, le problème c’est de savoir comment mieux rémunérer leur travail.» Provocation «On vient d’inaugurer une exposition aux Halles du Faubourg intitulée «Les nouveaux sauvages», en référence aux performances qu’on proposait avec notre collectif Frigo dans les années 80. On faisait de l’entrisme, de la provocation… On a même fait fermer un musée pendant une semaine ! Aujourd’hui, les artistes sont peut être des sauvages plus gentils, plus domestiqués. Mais je ne pense pas qu’on soit entré dans une aire plus soft. Il y a des projets comme le Sonic à Lyon qui programme une scène musicale punk et radicale. Mais il fonctionne en dehors du système.» Bureaucratie «La bureaucratie gangrène la société mais aussi la culture. Car elle étouffe la liberté et la création. Cette bureaucratie prend le pouvoir sur les artistes. Il n’y a qu’à regarder dans les grandes institutions culturelles le nombre de personnes qui travaillent dans les bureaux et celles qui sont sur scène. Avec des cohortes de «chargé de…» communication, production, relation aux publics… Système pervers «J’ai dirigé deux centres dramatiques nationaux et les règles sont claires : pas plus de trois mandats, soit neuf ans. Mais parfois, certains arrivent à contourner les règles… Ce qui me semble important c’est de faire la différence entre un artiste qui est à la tête d’une structure culturelle et des intendants, des administratifs. Faut-il que les institutions soient gérées par des fonctionnaires ? Je ne sais pas. Mais le vrai problème aujourd’hui c’est la séparation des tâches. On en peut pas être à la fois producteur et distributeur de spectacles. Il y a une concentration verticale dans la chaine de production. Un système pervers surtout si on maintient les mêmes personnes aux mêmes postes». Argent «Contrairement à ce que tout le monde dit, l’argent public consacré à la culture n’est pas en baisse. Mais il y a de plus en plus de choses à financer. De nouveaux champs artistiques ont vu le jour : théâtre de rue, cirque, musiques actuelles, multimédia… Alors que les anciens restent. Il y a donc moins d’argent pour chacun. L’argent public est indispensable à la culture. Mais il y a d’autres circuits qui permettent de financer la culture. De l’argent privé via le mécénat, le crowdfunding, les AMAC qui fonctionnent sur le système des AMAP… Il n’y a pas d’argent sale. Peu importe le maillot du moment qu’on nous laisse courir !»