0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

Les Clochards Célestes parient sur l’avenir

Louise Vignaud, directrice de ce petit théâtre lyonnais dédié à l’émergence, a présenté sa troisième saison. Avec de nombreuses créations.

«Beaucoup de paris, pas mal de créations et des projets engagés.» 

Louise Vignaud, la jeune directrice des Clochards Célestes, a dévoilé ce matin sa troisième saison. «Une saison charnière» avec une programmation «radicale» : textes percutants, expérimentation… Et une volonté de défendre un «théâtre moderne». Au programme, 37 spectacles, la plupart en cours de création. Comme «Waliki. Je vais bien» où Rémi Blasquez et Sarah Kristian sont partis à La Paz rencontrer des Boliviens. Ils en ont tiré une pièce et une exposition photos. Mais aussi «America», inspiré d’une revue lancée après l’élection de Donald Trump. Une façon de raconter l’Amérique, sans préjugés. Ou «City souls» d’Irène Grange sur la transformation des villes industrielles.

A signaler également : «Prétérition», mis en scène et interprété par Cédric Daniélo qui s’interroge sur le théâtre et son côté élitiste. Mais aussi «Barbe Bleue ou le quotidien d’un monstre». Une réécriture du célèbre conte, qui évoque la vie d’un enfant qui porte une tâche de plus plus envahissante sur le corps. Une exploration du regard des autres, avec des dessins projetés en direct. Ou encore «Crash sex» sur l’orgasme féminin.

Beaucoup d’anciens étudiants de l’ENSATT sont également programmés. Comme Léa Carton de Grammont avec «La parabole de Gutenberg», sur l’histoire de l’imprimerie, Hugo Roux qui monte «Fruits du néant» de Ferdinand Bruckner sur l’Allemagne post-nazie et sa jeunesse à la dérive… «Il est important d’être le relais des écoles et d’accompagner les jeunes artistes pour les aider à se démouler», souligne Louise Vignaud, elle aussi passée par l’ENSATT.

Quelques classiques parmi ces propositions contemporaines. «Electre» de Sophocle et «Iphigénie» de Racine mis en scène par Marceau Deschamps-Ségura, ancien assistant de Louise Vignaud à la Comédie Française. Et «Le retour» d’Harold Pinter par Claude Leprêtre, plongée dans un quartier modeste de Londres.  

Comme chaque saison, les Clochards Célestes s’associent à cinq jeunes compagnies. Demain nous fuirons avec «L’ennemi intérieur», un spectacle à l’humour noir sur le parcours d’un jeune radicalisé. Mais également le collectif Offense qui va présenter «Un soir un départ», co-construit avec le public. Troisième compagnie associée, Construire un Feu, spécialisée dans le théâtre d’immersion. Pour «Chechako», ils sont partis sur les traces de Jack London pendant un mois dans le Grand Nord. Et pour «Beaub», un des artistes s’est installé dans une cité de banlieue pour comprendre le quotidien de ses habitants. La toute jeune compagnie Nuit Verticale, fondée par Marion Lévêque, se projette dans un monde post-nucléaire avec «Vert territoire bleu». Enfin, la compagnie Debout Sur La Chaise revient avec son «Subutex», adaptation du roman de Virginie Despentes. Après avoir présenté le premier tome en juillet 2018, ils proposent cette fois une version longue de trois heures, reprenant la trilogie. 

Les Clochards Célestes suivent aussi d’anciennes compagnies associées. La Compagnie d’Alice avec «Les métamorphoses de Victorine Galaxia», conférence sur une artiste imaginaire, géniale mais complètement folle. Et La Compagnie Démembrée avec «9m2», l’histoire d’un jeune homme enfermé dans son minuscule appartement et qui ne sait pas comment en sortir. 

Le théâtre lyonnais installé sur les pentes de la Croix-Rousse n’oublie pas non plus les enfants, avec 8 propositions cette saison. «La fille qui ne voulait pas montrer ses dents» un conte musical avec des dessins réalisés en direct, «Petites oreilles» pour initier les plus jeunes à la poésie, «1,2,3 nous irons» tour du monde musical accessible dès 6 mois… Et «Un peu perdu», succès de l’année dernière. L’histoire d’une petite chouette tombée du nid qui tente de retrouver son chemin. 

Louise Vignaud a aussi annoncé quelques changements, notamment des travaux l’été prochain pour rendre la salle «totalement transformable». Et ainsi «renforcer notre outil pour les compagnies en résidence». 

Enceinte, la jeune directrice, également metteur en scène, va aussi avoir un programme chargé puisqu’elle présente deux créations : «Agatha» de Duras au TNP et «Le quai de Ouistreham» au Théâtre de la Croix-Rousse dans le cadre du Festival Sens Interdits. Tout en continuant, évidemment, à suivre et accompagner au mieux les jeunes artistes. «Si on ne fait pas ça aux Clochards Célestes, je ne sais pas où on pourrait le faire».

Photo : «Waliki. Je vais bien»