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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Luchini maire de Lyon !

Conférence de presse surréaliste à Lyon, au Comoedia, hier après-midi. Avec un Fabrice Luchini très en forme pour présenter son dernier film, «Alice et le maire» de Nicolas Pariser.

«Alors vous êtes candidat à la mairie de Lyon ?» 

Question provoc, posée par mytoc, évidemment. Et réponse toute aussi directe : «C’est la dernière chose que j’aurai envie de faire. Je n’ai jamais compris cette névrose qui consiste à vouloir régler les problèmes des autres. Comment un mec peut avoir envie d’affronter des déceptions infinies, car quoi qu’il fasse, ça ne sera jamais assez bien !»

Chemise blanche, veste en cuir noire et jean, Fabrice Luchini avait rendez-vous hier après-midi avec quelques journalistes au Comoedia pour parler du nouveau film de Nicolas Pariser, dans lequel il joue le rôle de Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon. Un maire en manque d’idées, qui rêve d’accéder à l’Elysée. Mais qui va finir par lâcher, y compris sa mairie.

Inévitable parallèle avec Gérard Collomb qui brigue un cinquième mandat. «Personne ne veut partir à la retraite car…», lance le comédien, avec cet inimitable talent pour sur-jouer le suspens «car son portable ne sonnera plus». Et on a droit à un grand délire : «Dès qu’on ne va pas bien, on regarde si quelqu’un nous a appelé. Dès qu’on s’arrête à un feu rouge, on sort son portable voir si on n’a pas loupé un appel… Si Gérard Collomb sort du jeu politique, il va avoir beaucoup moins d’appels». D’ailleurs, il avoue assez naturellement que Collomb l’a invité à diner. Mais aussi Etienne Blanc, son concurrent aux prochaines élections municipales. «J’ai dit non aux deux !» Puis il ajoute, rigolard : «Mais j’ai déjà diné avec Collomb chez Sarkozy. Il y avait aussi Jean-Marie Le Pen…». Eclat de rire. Puis il reprend : «Non j’ai diné avec Collomb quand il était ministre chez Macron. J’étais à côté de Blanquer, qui n’a pas fait l’école du rire, et qui ne m’a parlé que de Camus. Mais comme je ne suis pas très camusien…».

La politique, Fabrice Luchini «n’y comprend rien». C’est pour ça qu’il regarde tous les jours «C’est dans l’air» sur France 5. Boris Johnson, l’Iran… Mais il ne comprend toujours rien. «Alors je lis Pascal». 

On revient au film. Et à la mairie de Lyon qui a refusé que le tournage se déroule à l’hôtel de ville. Avec à la clef des pressions sur l’équipe pour que le film soit tourné dans une autre ville. «Un mec de la mairie a cru que je jouais Gérard Collomb et qu’Anaïs Demoustier, c’était la meuf de Collomb !», s’amuse Luchini qui, en revanche, avoue : «On a été bien accueilli par l’opposition», notamment par certaines mairies d’arrondissement, le conseil départemental… «Ils sont malins !»

Pourquoi avoir accepté ce film ? «C’est une photographie d’un homme au moment où il se rend compte que la politique l’a rendue bête». Mais il précise : «J’ai touché de près l’incroyable paradoxe de mon métier : dire des choses auxquelles je ne crois pas une seconde !». Avant d’ajouter : «Ce film n’est pas un clicheton du milieu politique. Pariser sait de quoi il parle». 

Un petit mot pour sa partenaire, Anaïs Demoustier, «la future Arletty». Et une question pour la jeune actrice : Comment exister face à Luchini ? Elle le reconnaît, «j’appréhendais de jouer avec lui car tout le monde raconte qu’il prend énormément de place sur un plateau». Mais dès les premières lectures, ses doutes s’estompent : «J’ai vu son engagement, son enthousiasme fédérateur…». Luchini, qui ne peut pas s’empêcher d’intervenir, en citant Levinas : «Etre acteur c’est vénérer l’altérité de l’autre, c’est alterner la présence et la disparition». Et il insiste sur un point : savoir écouter. «Tu parles, je t’écoute». Rare aujourd’hui. Toute la magie des grands comédiens qu’il convoque : «Jouvet, Guitry, Raimu…». 

Nouvelle sortie luchinienne. Huit micros sont posés sur une table devant lui, dont un sur un chapeau. «Ça m’obsède ! Sur huit propositions, il y en a un qui a voulu se singulariser. Jamais le marxisme ne sera possible !» Puis il cible le journaliste «coupable». Nouveau délire : «Lui c’est un original, une vie sexuelle intense…». Puis c’est autour de la représentante d’un magazine féminin, «vous êtes belle, non je retire ce que je viens de dire, sinon je vais aller en prison». Puis c’est le Progrès, «la doxa, le pouvoir…». 

Une heure de show. Avec un Fabrice Luchini très en forme, théâtral et passionné. No limit. Une incroyable culture générale, de nombreuses références littéraires. Une mémoire phénoménale. Délirant mais passionnant. Et quand on lui demande s’il n’est pas complètement fou, il s’insurge : «Un acteur est tout sauf fou». Et il se lance à nouveau dans une grande démonstration un peu folle. En imitant les Deschiens ! 

Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet