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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Moi, je préfère le bleu !

La Maison de la Danse a conclu l’année 2018 avec «Noé» de Thierry Malandain qui met en scène le fameux mythe de l’arche qui survit au déluge. Très actuel !

Difficile, en cette fin d’année jaune fluo, de ne pas tenter un parallèle avec l’actualité, au sortir du Noé de Thierry Malandain, présenté à la Maison de la Danse, juste avant Noël.
Une quête de sens portée par le directeur du Ballet de Biarritz ?
Une traduction dansée d’un mythe qui célèbre l’éternel renouveau ?
Ou encore, plus terre-à-terre, une défense de la gente animale ?
Et bien non, rien de cela ne fonctionne. Si Malandain réussit à nous embarquer dans sa dernière création, c’est tout simplement parce qu’il s’adresse à nos sens et non pas à notre intellect, à notre faculté à blablater au Café du commerce. Ce «Noé» ne raconte pas une histoire. Il va chercher les émotions de chacun et reste dans le symbolique.
Quand le rideau se lève, l’œil ne voit que du bleu. Du bleu comme l’eau, symbolisée par un rideau de perles. Un bleu piscine, pur et sans mélanges, sans trace de jaune ou d’autres couleurs qui nous empêcheraient de plonger dans le sensible.
Sur scène, 19 danseurs (contre 22, à l’origine, 3 s’étant blessés) ne quitteront pas cette Arche au décor d’une sobriété exemplaire, pendant toute la durée de la pièce. Un collectif qui représente l’humanité, avec ses ancêtres, bien sûr, Adam, Eve, Cain, Abel, Seth… C’est simple, esthétique et carré. Accessible et direct.
Pour mettre en scène «Noé», un récit très peu utilisé dans la danse, le chorégraphe-mélomane a choisi la «Messa di Glora» de Rossini, avec ses chœurs et ses ténors qui libèrent une énergie telle qu’on se laisse glisser dans la musique, comme notre regard dans le bleu.
La danse aux accents classiques d’une grande modernité exprime une odyssée commune, à travers des ensembles à la gestuelle millimétrée et virtuose, entrecoupés de duos en pas de deux. Les chaînes liant les uns aux autres, le destin commun à cette Humanité en quête d’un nouveau souffle, la force des éléments comme la souplesse de la vague, la tribalité de certains passages aux accents ethniques et pourquoi pas l’animalité de certaines marches… Chacun trouvera ses références, son ressenti, pour imaginer sa propre représentation de ce Nouveau Monde que Malandain projette dans l’abstraction. Pour moi, il est bleu, il est clair, il est beau. Une pause sensuelle et sacrée dans cet actuel monde de brutes.

Anne Masson