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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Mozart puissance 4

Atelier lundi soir du Quatuor Debussy au Théâtre de la Croix-Rousse. Pour présenter un concert qui risque d’être exceptionnel. Le Requiem de Mozart transfiguré.

Peter Lichtenthal. C’est lui le coupable ! Lui qui a osé s’attaquer à ce sacré Requiem de Mozart porté par un choeur et un orchestre pour le «transcrire» afin qu’il soit joué par un quatuor à cordes… Savait-il que deux siècles plus tard, un quarteron de musiciens lyonnais allait s’en emparer ? Sans nul doute ! Et bien voilà, c’est fait. Et cet obscur compositeur doit s’en féliciter car en avril prochain, ce sera un triomphe ! En tout cas c’est bien parti.
La preuve, cet atelier qui s’est déroulé discrètement au Théâtre de la Croix-Rousse, lundi soir.
Une quarantaine d’amateurs réunis pendant près de deux heures autour du célèbre quatuor. Une soirée réservée aux curieux. Jeunes, moins jeunes, tous amoureux de Mozart. Et visiblement passionnés.
«Quand on a déniché cette partition de Peter, il a fallu d’abord déchiffrer son écriture en pattes de mouche…» Christophe Collette, le premier violon du Quatuor Debussy, a du talent. Même s’il a du mal à prononcer ce Peter en autrichien ! Il a aussi l’art de raconter. «Comment est-il possible de passer d’un orchestre à un quatuor ?»
En quelques mots, il va rappeler que Wolfgang Amadeus Mozart a écrit cette messe juste avant sa mort en 1791. Une commande qu’il n’a pas pu achever. A la demande sa jeune veuve, Constance, le dernier tiers a été imaginé par un de ses élèves. De «Lacrimosa» jusqu’au final, «Cum sanctis tuis».
Bien entendu, un tel chef d’oeuvre n’a pu susciter que des légendes, souligne Christophe Colette en évoquant cette séquence du film «Amadeus» où surgit un personnage masqué qui lui tend un bourse de pièces d’or en exigeant qu’il compose ce requiem alors que Mozart est déjà en train de sombrer dans le néant.
De quoi susciter quelques années plus tard, cette transcription. «Cela ne remplacera pas l’original. Beaucoup de monde et on se retrouve à quatre…», dit simplement le premier violon en expliquant qu’il va proposer dans cet atelier «une visite pas à pas de ce Requiem» à travers ses quinze mouvements. «Mais en se limitant à la partie écrite par Mozart».
En ouverture, on a droit à du Bach, «L’art de la fugue, son testament musical qui a inspiré de nombreux compositeurs».Puis on écoute quelques mesures du Requiem orchestral. Un simple CD sur une petite sono suffit à évaluer le défi que s’est lancé le Quatuor. Suspens.
«A partir d’une oeuvre symphonique, on se plonge dans l’harmonie car on n’est pas pris par la puissance musicale», précise Christophe Colette, qui, avec ses trois complices, va alors décortiquer plusieurs séquences. Assez technique puisqu’ils vont, tout à tour, jouer à deux, trois ou quatre, la partie orchestrale, chorale… Mais le commentaire est là pour accompagner cette étude. «Parfois il coupe, parfois il synthétise, parfois il regroupe…» Et il interroge malicieux : «Comment on va s’en sortir à quatre pour soixante choristes ?». Mais la conclusion tombe : «Voilà la solution qu’a retenu Peter». Et là miracle, le Quatuor Debussy transfigure ce Requiem de Mozart. Une minute à peine pour aller à l’essentiel. Harmonie, bien sûr, mais aussi rythmique, caractère…
D’autres extraits vont suivre, notamment le solo de trombone, mais toujours la même démarche. Christophe Colette souligne les enjeux. Une voix, un instrument qu’il faut «libérer». Avant de lancer «vous allez voir comment Peter s’en sort». Puis le quatuor s’empare du Requiem. «Il faut absolument garder le rythme, la pulsation…» Une ou deux minutes à peine, chaque fois. Et on aura droit à un superbe final, «Lacrimosa». Là encore, on est sous le charme. Applaudissements enthousiastes de la petite tribu qui n’a pas vu passer ces deux heures.
Pas besoin d’être un grand expert pour sentir qu’il ne s’agit pas d’une simple traduction. Mais bien d’une «transcription» du latin «écrire au-delà».
C’est toute la magie de cette «aventure». Et au fond, de ces quatre cordes sensibles, violons, alto et violoncelle, qui ont réussit à apprivoiser le «grandiose». Toujours précis et subtil, une énergie aussi. Profondeur surtout.
Une belle soirée, très conviviale. Parfois se glisse un contre-temps ou une note de travers, mais le premier violon corrige d’une voix douce «On est tous ensemble !» alors que le distrait murmure un «pardon».
Un atelier en direct qui préfigure de façon assez magistrale le concert du Quatuor Debussy, début avril au Théâtre de la Croix-Rousse. A ne pas manquer, évidemment !

Le 2 et 3 avril à 20h, au Théâtre de la Croix-Rousse, Requiem de Mozart d’après la transcription de Peter Lichtenthal, interprété par le Quatuor Debussy : Christophe Collette premier violon, Marc Vieillefon deuxième violon, Vincent Deprecq alto, Cédric Conchon violoncelle. Durée : 1h45