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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Muet Cinq séquences très parlantes

«Voyage à travers le cinéma muet». C’est le thème de la ciné-conférence à l’Institut Lumière mercredi soir de Fabrice Calzettoni qui a mis en avant quelques scènes clefs. Le regard de la sculpteur Emilie Tolot.

Sur l’écran, un homme au visage assez inquiétant, un sourire troublant… L’affiche d’un film de Paul Leni réalisé en 1928 : «L’homme qui rit» d’après un roman de Victor Hugo. 

Une séquence de quelques minutes commentée par Fabrice Calzettoni qui souligne l’importance de ce réalisateur, figure de l’expressionnisme allemand, comme Fritz Lang. «Un film pessimiste et sombre, gothique».

En Angleterre, à la fin du XVIIe siècle, le roi se débarrasse de son ennemi et vend son jeune fils, Gwynplaine, à des trafiquants qui le défigurent pour inscrire sur son visage un éternel sourire. Véritable balafre d'une oreille à l’autre. Le garçon s'enfuit avant d’être recueilli par un forain et devenir comédien ambulant. Un jeu impressionnant de Conrad Veidt qui arrive à donner de la vie et de l’émotion à ce visage figé. Un sourire qui va inspirer le Joker de Batman. 

Deuxième séquence. «Tabou», tournée en 1931 par Friedrich Wilhelm Murnau. Expressionniste allemand, lui aussi. Dans l'île de Bora-Bora, un pêcheur de perles, Matahi, tombe amoureux d’une jeune beauté, Reri. Mais le sorcier qui la choisit comme prêtresse, lui impose de rester vierge et la déclare tabou.

Comme Chaplin avec «Les lumières de la ville», Murnau persiste dans le muet alors que le cinéma devient parlant. «Un film qui combine documentaire et art de la dramaturgie». 

On enchaine avec un Buster Keaton de 1925, «7 chances». Jimmie Shannon hérite de sept millions de dollars. Mais son grand-père impose une condition : il doit être marié dans la journée. Le jeune homme cherche une candidate, sans succès. Mais une annonce dans le journal va déclencher une véritable hystérie. Le conférencier souligne la drôlerie de cette scène qui a du être un cauchemar pour Buster Keaton, vu sa vie personnelle ! 

King Vidor prend le relais avec «The big parade» (1925) sur la première guerre mondiale. 

Une séquence qui met en valeur l’expression des visages avec plan fixe et très rapproché qui permet d’entrer dans l’intimité de deux amoureux. Un pantomime très efficace fait de gestes, de mimiques, d’attitudes… Sans en rajouter. 

Un film historique pour conclure. Napoléon Bonaparte réalisé par Abel Gance en 1927.

La séquence choisie, celle de la Marseillaise, met en avant trois points de vue d'une même scène. Procédé préfigurant le split screen, un effet consistant à diviser l’écran pour montrer plusieurs situations différentes. Abel Gance voulait rendre hommage à l'Empereur en lui consacrant une fresque à la mesure de l’épopée. Mais il ne parviendra jamais à achever son immense projet, faute de moyens.

«L’art total du muet», résume Fabrice Calzettoni qui parle de «cinéma expérimental» en soulignant le soin apporté aux costumes et à la composition de l’image, le montage audacieux… Et l’utilisation, 40 ans avant le cinérama, de trois caméras qui donnent une largeur d'image trois fois supérieure au format traditionnel.

Cinq séquences célèbres du cinéma muet qui ont montré de façon magistrale la force de l’image. Devant un public conquis. 

Emilie Tolot, «Eclaireur de la Culture» 

Illustration : Un bas relief réalisé par la sculpteur Emilie Tolot à partir de séquences de grands films muets