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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«On le jouera jusqu’à ce que tout monde l’ait vu»

Au pied des pentes de la Croix-Rousse, le Shalala bouscule le café-théâtre avec un duo d’enfer dans «L’un n’empêche pas l’autre». Une ambiance, des textes et de la musique. A ne pas manquer.

Au dessus du bar, une mezzanine, deux guitaristes. Jazz manouche. Samedi 19h, on se bouscule dans ce «bar à spectacles», ouvert sans fanfare il y a plusieurs mois, montée de la Grande Cote. Maxence Fontaine debout sur le zinc : «Bon, on commence !» Une bonne tête ce Maxence. Barbe et regard noir, gestes vifs. Piquant mais bienveillant.
Le public s’installe dans la salle. Une cinquantaine de places. Complet, tous les âges.
Consignes de sécurité marrantes. La «porte belge» d’abord, avec poignée à l’envers. Les portables ensuite qu’il encourage à utiliser pour balancer des photos sur les réseaux sociaux… Puis un test décibels. Parfait.
Et ça démarre très fort. Dans un musée, deux tableaux qui s’engueulent. La Joconde et un auto-portrait de Van Gogh. «Arrête de m’appeler Momo !», exige la star. «Je peux plus la voir en peinture», murmure le barbu dépressif. Trois minutes de jeux de mots et on retrouve un vieux couple au restaurant. Bataille autour du menu qui dégénère. Un suprême de mauvaise foi ! Sans transition, les deux mêmes, face-à-face. Elle banquière, lui client qui vient quémander un prêt. Lopez, intermittent… Eclat de rire de l’employée coincée derrière son ordinateur. Puis série de questions : Vous fumez ?. «Jamais de cigarettes», réplique l’artiste qui finira par obtenir 16 euros. De quoi payer son ticket d’entrée au Shalala et deux verres de bière !
Sans transition on les retrouve dans un ascenseur. Un golden boy suicidaire et une femme de ménage maladroite qui finiront par se lancer du dernier étage pour planer en se racontant leurs déboires !
Puis c’est la pause Macron. Imposée par l’Urssaf à tout «spectacle vivant». La salle se tord de rire. Ça finit par un strip-tease en coulisse. Mais pas question de se mettre à poil pour 10 euros, avertit Maxence.
Un phénomène ce comédien-musicien et sa complice Héloïse Baron. Une présence, le sens de l’impro, toujours très à l’aise… Un sacré tandem qu’on retrouve sans transition dans un grand délire. Lui médecin, elle patiente. Avec trois fois rien, ils changent de look. Blouse blanche et lunettes, perruque rousse et blouson. En prime un fabuleux échange de «che» qui culmine par «prenez le tabouret, je vous le donne ! «Ça n’a aucun sens mais ça m’arrange pour le sketch suivant !»
On a alors droit au sommet avec l’opérateur free, une voix au bout du monde qui va imposer une série d’acrobaties à une malheureuse dont la box est en carafe. Dix touches à enfoncer d’une seule main avant de taper son code client à l’envers ! Et une ultime recommandation : éteignez votre box. Ce qui évidemment met un terme à cette communication. Suivent quelques séquences téléphoniques très drôles, sondage débile, commande chez «Pizza Pute»…
Une heure qui passe comme un TGV. Très applaudie et rendez-vous au bar pour un ultime numéro style Eurovision. Lui grognon au piano, elle glamour au micro. Très réussi.
«On le jouera jusqu’à ce que tout monde l’ait vu», proclame ce joli duo . Alors courrez au Schalala. 10 euros, on aura compris ! «A ce tarif, on tiendra six semaines», rigole Maxence. Dépêchez vous, vu le succès, avant que ça augmente !

«L’un n’empêche pas l’autre» textes de Maxence Fontaine et Héloïse Baron avec Maxence Fontaine et Héloïse Baron. Au Shalala, 95 montée de la Grande Cote, Lyon 1er. Durée : 1h15