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Tribune. Pendant une semaine, le théâtre des Clochards Célestes jouera «Orphelins». Une reprise de cette pièce créée en début d’année. Explications du metteur en scène Mohamed Brikat et de la comédienne Claire Bourgeois qui dirige la compagnie Le Raid.

«On oublie qu’on est au théâtre»

«Après avoir présenté «Orphelins» à l’Espace 44 au début de l’année, on voulait continuer l’aventure car ce texte nous touche beaucoup et nous avons senti qu’il a eu un réel impact sur le public. D’où cette deuxième semaine aux Clochards Célestes.
Au départ, on voulait travailler sur un texte de Jean-Claude Grumberg. L’histoire d’un homme qui rentre chez lui un soir et qui est très en colère car il a été agressé dans un embouteillage et qu’il est persuadé d’avoir été suivi. Un texte des années 70 qui fait bien ressortir cette psychose qui peut saisir ceux qui habitent des quartiers populaires. Mais après plusieurs lectures, on s’est dit que si le sujet n’avait pas vieilli, ce texte en revanche était un peu daté. Avec des expressions comme «sale bougnoule» qui aujourd’hui sont rarement utilisées.
Alors on a choisi un autre texte, plus actuel. Celui de Dennis Kelly, dramaturge anglais mais également scénariste qui a une culture très cinéma.
L’intrigue est assez proche : un couple, Dany et Helen, s’apprête à diner quand un homme débarque avec un teeshirt taché de sang. C’est Liam le frère d’Helen. Son récit est confus mais tout à coup surgit la violence dans cette famille ordinaire.
C’est un couple installé avec un enfant, un travail… Mais dans un quartier qui ne correspond pas tout à fait à leur idéal. Au fond, ils ne sont pas racistes, même s’ils se sont sentis agressés parfois car ils habitent la banlieue de Londres, avec des bandes qui trainent en bas des immeubles. Mais ils relativisent.
En revanche, la violence, pour eux, a une dimension plus psychologique. D’autant qu’il y a un contexte familial. L’homme au teeshirt taché de sang est orphelin comme sa soeur. Et elle est prête à tout pour le protéger. Jusqu’où ?
On ne va pas dévoiler cette histoire qui est construite comme un thriller et qui fonctionne par révélations. Mais à travers ce huis-clos, on comprend d’abord que cet homme s’est fait agresser par une bande de jeunes, qu’il a porté secours à quelqu’un… En revanche, au fur et mesure, on se demande s’il a vraiment été agressé et progressivement on va avoir les vraies explications…Mais ce qu’il raconte libère la parole dans cette famille ordinaire qui va alors envisager de quitter le quartier.
La mise en scène est très sobre avec un décor minimalisme : une table ronde et trois chaises, deux verres, une bouteille. Avec trois comédiens en costume de tous les jours. Tout est basé sur cette simplicité qui met en valeur l’essentiel, un texte très parlé, des répliques courtes, un rythme… Un style très cinéma. Ce qui permet de bien faire ressortir la psychose qui s’empare de ces personnages qui ont des parcours différents. Cela permet de se mettre à leur place. On les comprend sans pour autant les excuser et sans choisir son camp. Ce qui, au fond, nous interpelle car, face à la complexité de la situation, il n’y a pas de réponse simple.
La peur est-elle réelle ou augmentée par la perception qu’on en a, notamment à travers les médias ? Le public a bien ressenti cette complexité. Parfois ça déclenche des rires nerveux face à l’absurdité de certaines répliques. De l’émotion aussi. La violence est assez forte même si elle n’est pas physique mais verbale. Et on le vit comme une épreuve.
On en oublie qu’on est au théâtre. On est dans leur salon, face à eux, comme si on était à table avec eux. Une ambiance familière qui renforce cette proximité. Ce qui parle à tout le monde. Tout le monde peut s’identifier à certains propos qui choquent mais qui ne sont pas forcément tenus par des gens racistes. Et il y a un coté thriller, un suspens. On se demande comment ça va se terminer. On va alors constater qu’un simple événement peut chambouler trois vies.»

«Orphelins», texte de Dennis Kelly mis en scène par Mohamed Brikat avec Franck Fargier, Simon Gabillet et Claire Bourgeois. Compagnie Le Raid. Durée : 1h30. A partir de 14 ans. Du 14 au 18 novembre, tous les jours à 19h30, samedi et dimanche à 16h30 au Clochards Célestes.