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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Michel Ocelot est venu présenter à Lyon “Dilili à Paris”. Un dessin animé très engagé qui met en scène deux jeunes enquêteurs dans le Paris de la Belle Epoque. Magique.

Paris ressuscitée par Michel Ocelot

“Je vous présente Dilili, une princesse qui vient de l’autre bout de la terre”.
La nouvelle héroïne de Michel Ocelot est une petite métisse haute comme trois pommes. Dilili. Robe de dentelle blanche et grosse touffe de cheveux. Elle rencontre un jeune livreur aux yeux bleus, et l’aventure commence quand un gang de malfaiteurs enlève des jeunes filles dans la capitale.
Formidable reconstitution du Paris de la Belle Époque. Quartiers et monuments mythiques : gare d’Orsay, Opéra, Tour Eiffel, Place Vendôme, Moulin Rouge... Les rues de Montmartre aussi, dévalées à toutes allure en triporteur. Sublimées par les couleurs vives qui font le style de ce réalisateur. Avec une attention toute particulière pour les détails, notamment les demeures art nouveau de cette fin du XIXème. Courbes et arabesques. La ville Lumière ressuscitée.
“Je me suis promené dans Paris et j’ai pris des photos !”, raconte Michel Ocelot qui explique avoir fait beaucoup de recherches. “J’ai alors découvert des génies à tous les coins de rues !” Des génies qui font les personnages de son film. Toulouse-Lautrec, Camille Claudel, Marie Curie, Pasteur, Colette, Louise Michel, Debussy... Ou encore Rodin dans une belle scène où il habille son Balzac de sa fameuse robe de chambre. Matisse, Picasso et le Douanier Rousseau réunis au Bateau Lavoir. Monet et Renoir devant leurs chevalets face à la Seine, “Monet peint la couleur, Renoir le bonheur”. Toujours quelques mots pour les présenter, simplicité souvent très drôle : “Il vit et il observe, il dit qu’il en fera quelque chose un jour”, Marcel Proust bien sûr !
Quelques notes d’Erik Satie avant une autre apparition : la grande Sarah Bernhardt. Fascinante. Visage diaphane, longs cheveux roux et robe extravagante. Princesse des temps modernes. “J’ai choisi cette période car il s’agit du dernier moment en Europe où les femmes portaient des robes jusqu’à terre. J’aime dessiner de belles silhouettes”.
Architecture, costumes, musique… Toute une atmosphère où évolue ce duo d’enquêteurs improbable. A la poursuite de cette confrérie qui veut “ramener l’ordre” face aux “femmes qui prennent le pouvoir”. Ocelot a imaginé des méchants terrifiants qui vivent cachés dans les égouts et réduisent les filles en esclavage. Les forçant à se déplacer à quatre pattes, couvertes de grands voiles noirs… “Je me suis inspiré de ce que je sais des hommes qui font du mal aux femmes”.
Beau film, belles images, un style qui a fait la légende du créateur de “Kirikou“. Mais aussi ce ton très particulier. Chaque syllabe est articulée avec précision et douceur, pour porter une morale. Des personnages attachants, mais également le portrait d'une ville et d’une époque.
Un bel engagement, aussi, pour les femmes, que ce metteur en scène veut “défendre”, en s’adressant à un public large. Les jeunes d’abord. Les adultes aussi. “Je touche tout le monde, c’est ma fierté”.

“Dilili à Paris” de Michel Ocelot, 1h30, sortie : 10 octobre 2018

Agathe Archambault