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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Passer de la concertation à la co-construction»

Florence Verney Carron, vice-présidente à la culture de la Région, a présenté ses orientations pour 2019. Une matinée d’échanges devant plus de 400 acteurs culturels.

Coopération. C’était le mot d’ordre, mardi, dans la salle plénière de la Région. Au pupitre, Florence Verney-Carron, la vice-présidente à la culture, venue annoncer «les grandes orientations pour 2019» décidées à l’issue de trois réunions organisées l’année dernière dans trois villes de la région. Et qui ont réuni près de 600 acteurs de la culture. Objectif : comprendre les problématiques actuelles pour mieux répondre aux enjeux de demain, notamment la révolution numérique.
Veste noir cloutée, jupe et bottes, la vice-présidente a rappelé en introduction sa volonté de «défendre la création sous toutes ses formes». Mais aussi «l’équité territoriale» afin «d’apporter la culture au plus près de chaque habitant». Elle a ensuite rapidement passé la parole à différents intervenants qui ont salués cette «ouverture» et cette «volonté de co-construire».
Une partie de la matinée a été consacrée au compte rendu de ces conférences. La première s’est déroulée en avril à Clermont-Ferrand. Plusieurs enjeux évoqués : une meilleure coopération entre les collectivités avec un besoin de sensibiliser davantage d’élus à la culture, le soutien à la création et l’innovation «matière première de toute politique culturelle», une éducation aux pratiques artistiques, la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement et de les diversifier…
Deuxième temps fort en septembre à Saint Etienne pour évaluer la présence artistique dans les territoires. Plusieurs questions : comment faciliter la mobilité des artistes dans une région aussi étendue, comment faciliter la création… Et une crainte, celle que les artistes se transforment en animateur territorial au dépend de leur créativité.
Troisième journée en novembre dernier à Romans sur Isère, dédiée aux industries culturelles et créatives. L’occasion de souligner l’importance d’un décloisonnement des pratiques mais aussi d’apporter plus de visibilité aux différentes manifestations et festivals. En imaginant une cartographie des événements.
Problème repéré au cours de ces échanges : l’isolement de la filière patrimoine face aux autres champs culturels. Quelques solutions ont été esquissées dont une meilleure valorisation de ce patrimoine en lien avec les acteurs du tourisme. Autre secteur en tension, le livre avec «une forte inquiétude sur l’avenir». Et un besoin de renforcer les aides.
Trois acteurs de la culture ont ensuite pris la parole : Nicolas Riedel directeur d’Auvergne-Rhône-Alpes Spectacle Vivant, Cyrille Noirejean représentant de l’art contemporain et Gregory Faes pour le cinéma. Ce dernier a essayé d’être plus concret en proposant de «transformer ces mots en actions». Il a cité quelques exemples de «transversalité», comme le Festival des Arts qui réunit de jeunes cinéastes européens et des musiciens des Conservatoires de Lyon et Paris. Ou la création du «Lab» qui a permis à Auvergne Rhône-Alpes Cinéma de travailler avec la Grotte Chauvet et Google sur un projet audiovisuel qui devrait voir le jour dans les six mois.
Les intervenants se sont ensuite prêtés au jeu des questions-réponses. Un metteur en scène a salué cette «concertation attendue depuis longtemps». Tout en soulignant l’importance de «repérer des lieux alternatifs». Alain Garlan du collectif Frigo, a quant à lui incité les élus à «s’intéresser davantage aux lieux de fabriques transdisciplinaires». Et Daniel Bizeray du Festival d’Ambronay, a fait un voeu «que ces problématiques soient intégrées aux thématiques environnementales».
Une voix s’est fait entendre dans cet amphi plein à craquer, celle d’Alain Lovato, président de la Mapra, indigné de ne pas avoir été invité à cette grande consultation. «Vous avez exclu la vision des créateurs !» Il a tenu à rappeler qu’il représentait un millier d’artistes dans la région et plus de 20 000 au niveau national.
Florence Verney-Carron a conclu cette matinée en insistant sur sa «politique ambitieuse». Avec un budget stable de près de 67 millions d’euros dont plus de 40 millions consacrés au fonctionnement. Elle en a profité pour faire quelques annonces : un million d’euros supplémentaire pour renforcer le tournage de séries télés dans la région. Et un autre million pour «favoriser le renouvellement ou la modernisation des équipements scéniques». Autres annonces : une nouvelle convention avec le CNC pour «accompagner les salles dans le renouvellement de leur public», un partenariat avec les librairies indépendantes, le renforcement des interventions d’artistes dans les lycées… Et la création d’une plateforme artistique en 2019 pour donner davantage de visibilité à ces initiatives.
De belles intentions présentées dans un rapport de 70 pages bientôt disponible sur le site de la région. Et des acteurs de la culture qui ont, pour certains, la sensation d’être «restés sur la touche». Mais l’adjointe l’a rappelé, tous sont désormais conviés à passer «de la concertation à la co-construction». A suivre…