0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

Pittoresque et vastitude

Ballade organisée par une prof des Beaux-Arts dans ce quartier Perrache autour du fameux Centre d’Echanges qui divise la Presqu’île. Gaëtan Sallet, «Eclaireur de la Culture», raconte.

«Jeudi 9 mai, 16 heures, sur le Rhône, les bénévoles de l’association Nomade Land accueillent la vingtaine de participants à la visite guidée «Perrache Pittoresque». Dans le ciel, une éclaircie s’annonce. La pluie cesse. Début d’une visite dans ce Perrache parallèle qui durera 2 heures.

Dans le vacarme routier du Pont Gallieni, le guide, Claude Kovatchévitch, historien-géographe de la ville, commente le titre de cette visite «Perrache pittoresque», en s’interrogeant sur le sens de pittoresque, «ce qui était digne d’être peint au 18ème siècle». Loin de l’image actuelle de Perrache !

Prendre le temps de s’arrêter pour l’observer. Voilà justement le but de cette visite.

Entre le Rhône et l’autoroute, elle débute à l’endroit même où Antoine Michel Perrache a construit en 1789 une digue. Cet ingénieur est ainsi à l’origine de ce nouveau quartier de Lyon, gagné au 18e et 19e siècle sur la Confluence, des iles et de marécages à l’époque.

Avant de franchir les quatre voies, une danseuse, cheveux courts, jupe orange et chemisier noir à fleurs blanches regarde les voitures défiler. Puis, lentement, se met en mouvement. Contraste saisissant.

Traversée, ensuite, des trémies piétonnes de l’A6, devenues un interminable alignement de tentes pour SDF et Roms. Nouveau symbole de ce quartier gare devenu, au fil des ans, le refuge des laissés pour compte.

Perrache n’a pas toujours été cette machine à flux. Au début du 19ème siècle, c’est même l’inverse. «Le cours du Midi accueille les nouvelles activités de loisirs : brasseries, cirque, boules lyonnaises… Un lieu de sortie et de balade pour les Lyonnais. Il est le symbole de la ville moderne, positive».

La Gare SNCF puis le Centre d’Echanges changent la destinée de ce quartier qui devient alors utilitaire.

Nouvelle étape au pied du Centre. Sur ses toits, dans ses rampes, des personnages loufoques déambulent. L’un vêtu de rouge. L’autre chapeau melon, manteau noir, petites lunettes rondes. Certains enfin se figent dans les escalators de la Place Carnot.

Le groupe pénètre enfin dans «la chose, l’objet» selon le guide qui explique sa genèse et ses principes architecturaux. Le Centre a été construit par René Gagès dans les années 1970 pour répondre aux nouvelles pratiques urbaines et aux exigences du tout voitures. Des projets plus ambitieux encore avec des tours ont même été imaginés ! Exemple de l’architecture moderniste, le CELP a été inauguré un an après Beaubourg à Paris. Fortunes diverses. Le bâtiment de Renzo Piano et Richard Rodgers est devenu une icône. Celui de Gagès sera surnommé la «Connerie du siècle».

Les voyageurs se pressent dans le grand hall. Des danseurs et danseuses apparaissent. La première s’échappe des enceintes portatives. Soudain, en contrebas, un couple s’immobilise, à l’abri des regards sous un parapluie rose. Une invitation à la lenteur au cœur de ce stress

La déambulation se poursuit aux étages. D’abord la visite des jardins suspendus. Un parc public méconnu avec vue sur les collines de Lyon, les Alpes, et les bouchons de l’autoroute en contrebas. Des jardins vieillissants, mal entretenus, à l’image du quartier Perrache. Puis direction le Centre des Pratiques Amateurs de l’ENSBA qui a remplacé, dans les années 1990 l’ELAC, un lieu précurseur dédié à l’Art Contemporain.

A la sortie, dernier arrêt devant Château Perrache, créé à l’époque par la société PLM à l’ombre de la gare. L’ancien Hôtel Terminus, qui a accueilli le siège de la Gestapo, a changé de nom à la fin des années 1980 après le procès Klaus Barbie…

Les rives de Saône et son port d’Occident accueillent la fin de cette visite. L’occasion d’une dernière performance réunissant tous les danseurs et personnages loufoques croisés en chemin. Pour conclure, quelques mots, sous le pont Kitchener, de Sonja Dicquemare, des Beaux-Arts et co-organisatrice de cette promenade originale et instructive : «Finissons en regardant devant nous la vastidude de l’espace urbain dans ce très bel endroit»