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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Belle conclusion samedi soir pour Karavel à Pôle en Scènes avec un quatuor de danseuses et pianistes qui a embarqué les grands classiques sur la planète hip-hop.

Quatre muses superbes

«Ma muse ruse, ma muse abuse mais ne s’excuse pas…»
Deux garçons improvisent avant le levée de rideau. Du slam, finesse, profondeur. Ce seront les seuls de la soirée où quatre filles vont tenir la scène.
Obscurité. Deux pianos qui scintillent. Quelques notes. Deux filles en robes longues et pastels qui se profilent dans l’ombre. Une lueur de crépuscule, nuage orangé. Au sol, deux ombres qui surgissent tout à coup alors que la lumière monte. Et le rythme s’impose. Deux danseuses. Culottes et genouillères noires. Deux corps dépouillés toute en souplesse, jeux de jambes, jeux de mains. Debussy.
Superbe ouverture. On ne sait pas où on va. Mais on a envie de les suivre.
Tout à coup, elles s’assoient pour nouer leurs cheveux, s’habiller d’une tunique et de talons hauts. Un rayon rouge perce la nuée grise en toile de fond. Prends à garde à toi ! Les breakeuses debout, épaules en avant, tête haute. Carmen de Bizet prise en otage par un hip-hop qui se lâche. Une performance de nuances. Vives, sensuelles. Belle maitrise.
Puis quelques mots murmurés : «Muses, désert, désir…». Les deux pianistes dansent sur leur tabouret en velours rouge. Elle sont rejoints par les deux danseuses. Quatuor assis, dos au public, avant de s’élancer dans un formidable Boléro de Ravel. Douceur d’abord. Un tempo qui monte, tonne, cogne… Clarinettes, hautbois et saxo, tout au piano, Tambours et timbales. Des pantins désarticulés. On ne sait plus qui danse, qui joue. Des mains qui surgissent. Marionnettes qui caressent l’espace ou qui frappent les claviers. Une tempête délire. Et tout à coup, noir et silence. Dernier coup de poing. Le public se lève. Ovation. Superbe final pour ce douzième Karavel.

«Muses» chorégraphie d’Antony Egéa, compagnie Révolution, avec Emilie Schram et Emilie Sudre portées par le Duo Jatetok, Adélaïde Panaget et Naïri Badal. Durée : 1h10.