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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Après son succès à Mexico, «Los modernos» est accueillie par le musée lyonnais. Une très belle exposition pour mettre face-à-face des peintres français et mexicains. Visite guidée par la directrice Sylvie Ramond.

Regards francos-mexicains au Musée des Beaux-Arts

«Ce n’est pas une exposition sur l’art mexicain», a tout de suite tenu à rappeler la directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon, avant d’ajouter : «Nous avons voulu créer un effet miroir pour montrer les liens entre ces artistes français et mexicains, mais aussi leurs différences».
380 oeuvres sont exposées au Musée des Beaux Arts avec un code couleur pour faciliter la compréhension : oeuvres mexicaines présentées sur un fond ocre, oeuvres françaises sur fond blanc. Des grands noms comme Pablo Picasso, Diego Riviera, Henri Matisse, Georges Braque, André Derain, Jose Cuevas, Pierre Soulages… Des moins connus comme Maria Izquierdo qui présente un grand tableau, portrait de famille coloré et figuratif.
Chaque salle réserve des surprises. Dans la première, une vitrine, «carte postale» du Mexique. Des tissus colorés, un étrier perdu par un chef espagnol au cours d’un combat, des oiseaux et reptiles empaillés prêtés par le Musée des Confluences, des pages d’herbiers sorties des archives de l’Université Claude Bernard… Mais aussi 17 films courts de l’Institut Lumière. Sur les murs, un tableau très coloré de Roberto Montenegro, «Pêcheur de Majorque», face à un paysage corse. Les couleurs très expressives des latinos répondent aux tableaux plus sobres des européens.
Dans la seconde salle, des marionnettes, «véritable art au Mexique ». Aux côtés de Gnafron et Guignol, des personnages moins connus du public français : une drôle de souris Dona ratona, Caperucita Roja version latine du Petit Chaperon Rouge… Et même une représentation articulée de Benito Juarez «le grand libérateur» devenu président du Mexique. On retrouve des marionnettes suspendues au plafond dans la pièce suivante. Un grand taureau noir face à une sorcière aux doigts crochus. Et dessous, des masques colorés en carton ou en métal utilisés généralement au théâtre.
On découvre aussi des gravures et illustrations. Dont le célèbre squelette qui rit de Jose Guadalupe Posada. Une oeuvre devenue emblématique et souvent détournée par les publicitaires.
Pièce incontournable, «la chapelle Frida Kahlo», phénomène du moment. Toute petite salle avec quelques tableaux représentant l’artiste, dont une vue surprenante de Central Park et un autoportrait «à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis». L’attraction de cette exposition.
Mais il ne faut surtout pas rater les spécificités mexicaines. Comme le muralisme, un courant artistique des années 20 qui exprime «une volonté exacerbée de mettre l’art à la disposition de tous après la révolution», souligne Sylvie Ramond. Ou la ruptura, un groupe d’artistes qui, dans les années 50, a cherché à s’affranchir de l’art nationaliste en s’ouvrant à l’international. Quelques toiles impressionnantes sont exposées, comme celle de Mathias Goeritz, un Allemand qui a enseigné au Mexique et dont le travail rappelle celui de Miro.
Depuis sa présentation à Mexico, l’exposition s’est enrichie avec une section dédiée au cubisme et au surréalisme. Et une ouverture à la photographie. Sur les trois niveaux, des images en noir et blanc sélectionnées par Jacques Damez de la galerie Le Réverbère. Henri Cartier-Bresson, Tina Modotti, Edward Weston, Manuel Alvarez Bravo, Bernard Plossu, Denis Roche… Des portraits, des paysages mexicains, des photos de villes, de sites archéologiques… Véritable invitation au voyage. L’occasion aussi de découvrir des traditions mexicaines dont sa célèbre fête des morts représentée à travers des photos de Graciela Iturbe, Pablo Ortiz, Hector Garcia…
La directrice de l’Instituto Nacional de Bellas Artes de Mexico, Lidia Camacho, s’est déplacée spécialement pour l’ouverture de cette exposition. «Nous sommes fiers de pouvoir faire découvrir au public français des artistes mexicains célèbres mais aussi de moins connus», a-t-elle souligné en espagnol. Pas de doute que le public lyonnais va lui aussi voyager avec cette très belle exposition qui offre un double regard particulièrement intéressant.

«Los modernos» du 2 décembre 2017 au 5 mars 2018 au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Tableaux (détails) de haut en bas : "Tête de femme méduse" Alexej von Jawlensky, 1923, huile sur carton. "Pêcheur de Majorque" Roberto Montenegro, 1915, huile sur toile.