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Plateforme pour la culture / Lyon-région

"Remettre les artistes au coeur de la société"

Franck Riester, le ministre de la Culture, a passé l’après-midi à Lyon, notamment au Musée des Beaux-Arts. L’équipe de mytoc en a profité pour lui poser quelques questions.

Costume noir coupe slim, chemise banche sans cravate, toujours souriant. Le ministre de la Culture a passé une bonne heure au Musée des Beaux-Arts ce jeudi après-midi. Puis Franck Riester a pris le temps de faire le point devant quelques journalistes. Attentif aux questions, ouvert… Pas de petites phrases, encore moins de commentaire sur la bataille des municipales à Lyon. «Moi je suis là pour la culture», a-t-il précisé, en admettant tout juste que Gérard Collomb et David Kimelfeld était «si l’on peut dire» des artistes ! D’ailleurs, il beaucoup défendu les artistes que, pour lui, «il faut remettre au coeur de la société». Interview à la volée du ministre qui a programmé de finir la soirée aux Nuits de Fourvière pour le concert de M.

C’est la première fois que vous visitez ce musée ?

Franck Riester : Oui et j’ai découvert un musée exceptionnel qui couvre toutes les périodes de l’histoire de l’art. C’est d’ailleurs une très bonne idée de rapprocher, à Lyon, le Musée des Beaux-Arts et le Musée d’Art Contemporain. Car l’art contemporain reste difficile d’accès. C’est donc une façon intéressante de convaincre le public, en lui proposant une vision plus globale. 

Le contemporain et le classique sont-ils compatibles ? 

Oui car on célèbre l’art. La création, c’est ça qui compte. Il faut d’ailleurs plus de présence d’artistes vivants dans les expositions car les collections de demain sont créées aujourd’hui. C’est ce qui se dessine dans ces deux musées. 

Les régions ont parfois l’impression d’être désert culturels…

Nous devons être plus proche des territoires en développant notamment les bibliothèques et les médiathèques qui doivent être ouvertes plus longtemps, notamment le weekend, pour que ces lieux de lecture deviennent des lieux de culture. Ce sont des têtes de pont qui concourent à la démocratisation culturelle. Nous avons une volonté politique forte de démocratiser l’accès à la culture. Le pass culture en sera le symbole. 

Où en est justement ce pass culture ? 

14 départements sont actuellement testés en France avec 10 000 jeunes volontaires au démarrage, début 2019. Et aujourd’hui 150 000. L’objectif de ce test est de s’assurer que l’application qui va être lancé sur tout le territoire tourne bien. Un premier bilan sera titré en octobre sur le comportement des jeunes et leur manière d’utiliser cette application. Pour l’instant, c’est surtout des livres, de la musique, des festivals… 

Quand ce pass sera-il généralisé ? 

Deux solutions après ce bilan. Soit on relance une expérimentation plus large, qui peut inclure la région. Soit on généralise ce pass culture à tous les jeunes de 18 ans dès 2020. 

Et qu’est ce que vous allez faire pour les artistes ?

Il faut remettre les artistes au coeur de la société. Nous venons d’ailleurs de lancer une étude avec des universitaires, des sociologues, des philosophes, des créateurs… Autour d’une question : comment donner aux artistes une place digne de ce nom ? Cela passe par leur reconnaissance, mais aussi leur rémunération… 

Justement le statut des intermittents sera-t-il finalement remis en cause ? 

Non, on ne touchera pas au statut des intermittents du spectacle. D’ailleurs, on travaille avec les artistes sur différentes questions pour l’améliorer : retraite, assurance chômage, couverture santé… Mais aussi droits d’auteurs pour un meilleur partage de la valeur. De plus, on veut relancer le 1% artistique dans la construction. C’est inscrit dans la loi mais pas souvent mis en oeuvre. Ce qui devrait permettre aux artistes de mieux vendre leurs oeuvres. 

D’autres initiatives pour soutenir les artistes ? 

On veut lancer des quartiers créatifs pour que les artistes soient au coeur de l’éducation culturelle. Un projet sur lequel on travaille avec Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education Nationale. 

On veut aussi accompagner davantage les acteurs locaux dans la création de tiers lieux pour partager des expériences. Des lieux qui n’entrent pas dans les cases habituelles et qui associent différentes disciplines. 

Nous allons également lancer mille Microfolies dans les banlieues. Tous les musées du monde projetés sur grand écran pour inciter le public à aller plus loin. Une expérience sera notamment tentée à Lyon dans le 9ème arrondissement. 

Le ministre a annoncé discrètement à la directrice du Musées des Beaux-Arts que l’Etat allait apporter une contribution de 100 000 euros pour l’acquisition d’un Matisse de 1951, «Katia en robe jaune». Tableau d’une valeur de 4,8 millions d’euros. Manque aujourd’hui 450 000 pour boucler ce plan de financement, entièrement sur fonds privés. «Un geste pour encourager les mécènes», a précisé Franck Riester.  

Propos recuellis par Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet

Photo : Franck Riester, le ministre de la Culture, entouré de Gérard Collomb, maire de Lyon, et de Sylvie Ramond qui coordonne le pôle muséal de la ville, regroupant le Musée des Beaux-Arts et le Musée d'Art Contemporain.