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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Tribune. Un spectacle totalement improvisé autour de l’univers de Shakespeare. C’est le pari relevé par le metteur en scène, Julien Reneaut.

«S’attaquer aux grands noms du théâtre»

«Ça fait dix ans que je suis comédien à la Lily, la ligue d’improvisation lyonnaise. J’ai commencé par du théâtre classique, puis Yvan Bouillon m’a proposé de venir m’essayer à l’impro. J’ai adoré et ils m’ont recruté.
L’improvisation m’a aidé à trouver mon identité sur scène, mon originalité. J’ai pris conscience que je n’étais pas très bon en punchline, c’est à dire les réplique rapides et magistrales, pas assez rapide. En revanche, j’aime jouer sur les émotions. La première fois qu’on réussi à faire marrer le public, c’est l’extase ! Ça m’a aussi permis d’être plus à l’aise sur scène. J’ai même monté un duo musical, Ostende en osant écrire mes propres chansons et les faire partager aux spectateurs. Je me suis aussi lancé dans la mise en scène.
A la Lily, on est 14 comédiens permanents, en respectant toujours la parité. La force de cette troupe c’est que tout le monde a une autre activité : cinéma, marionnettes, voix… Du coup, on est très complémentaires. Et on essaie de se diversifier. Après les matchs d’impro, les formats courts… on a voulu tester les grands auteurs. On a donc lancé «Les faussaires» en commençant à travailler sur Feydeau. On enchaîne avec Shakespeare cette saison. Et pourquoi pas Molière, ensuite.
Pour ce spectacle, je gère la mise en scène, ce qui peut paraitre paradoxal pour un spectacle d’impro ! En fait, je m’occupe de l’harmonie générale. J’ai, par exemple, demandé aux acteurs de se plonger dans les comédies de Shakespeare : «Songe d’une nuit d’été», «La nuit des rois», «Mesure pour mesure»… Pour s’approprier son langage soutenu, avec beaucoup de métaphores, des phrases longues… On travaille aussi sur ses personnages : un bouffon irrévérencieux un peu tête à claques, une jeune première folle amoureuse, un roi souffreteux et vicieux… Des personnages très premier degré, dont les émotions sont poussées à l’extrême. Ce qui fait la force de ces comédies.
Chaque soir, c’est le public qui décide ce qui va se passer. Avant le spectacle, on leur distribue des enveloppes avec trois noms de personnages à attribuer aux comédiens. Ils ont aussi une liste d’objets : fiole, mouchoir, chandelier, poulet rôti… Et un lieu à sélectionner : balcon, forêt, salle du trône, couloir… C’est également les spectateurs qui choisissent la question qui va faire démarrer la pièce : pourquoi est-tu devenu si grossier ? Pourquoi faut-il que je m’y rende ? Que dit l’horloge s’il vous plait ?… Des phrases évidemment tirées des oeuvres de Shakespeare. Tout cela offre un cadre aux acteurs mais prouve au public qu’on est bien dans de l’improvisation. Et que l’impro, d’apparence légère, peut aussi s’attaquer aux grands noms du théâtre».

Julien Reneaut
«Shakespeare or not Shakespeare» du 6 au 10 novembre à L’Improvidence, mis en scène par Julien Reneaut et Justine Hostekint.