0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

Défendre la culture hip-hop et les rapeurs lyonnais. C’est l’objectif de Tarik Bouzid, qui a fondé avec d’autres passionnés le festival Akil Tour, dont la première édition s’est déroulée en mai. Interview.

"Sans ma culture hip hop, je suis vide"

Comment êtes-vous arrivé au rap ? 
Tarik Bouzid : 
J’ai grandi avec. Sensible aux paroles de groupes comme NTM, MC Solar, Assassin... Parce que je vivais un peu les mêmes choses. Je me reconnaissais dans le fameux «peace, love, unity and having fun» que défendait cette culture… C’est ça qui m’a fait kiffer !
Quel est votre rôle dans cet univers ? 
Je suis coordinateur de l’association Bamboox qui crée des évènements hip-hop à Lyon. J’anime aussi une émission de radio tous les dimanches sur radio Canut. Je gère différents projets au studio Livity Records. Je suis programmateur à Médiatone et manager artistique : j’encadre des groupes dans leur carrière et leur communication.
Votre objectif ? 
Peu de rapeurs lyonnais sont connus. Pourtant des talents, il y en a. Je veux donner des moyens d’expression aux artistes qui sont dans l’ombre, pour qu’ils aient une chance d’évoluer sans forcément passer par une major. C’est plus d’efforts et plus de temps, mais c’est tout à fait possible.
Qu’est-ce qui empêche ces artistes de se faire connaitre ? 
Lyon n’a pas saisi les perches qu’on nous a tendues. Et les anciens qui ont fait tourner le hip-hop quand il a débarqué dans les années 80/90 n’avaient pas tous les outils qu’on a maintenant. Passer à la radio c’était un truc de fou à l’époque. Le rap n’était pas «bankable» comme maintenant, il avait mauvaise réputation. Ceux qui étaient à la tête des associations culturelles venaient plutôt de la culture rock. Aujourd’hui, ça a changé. Le top 10 des ventes streaming, c’est essentiellement du rap. On en programme aussi beaucoup dans les festivals… Il y a un vrai modèle économique, ce qui a manqué avant.
Quel genre de rap produisez-vous ?  
Je fais du rap d’aujourd’hui, parce qu’on est aujourd’hui. La différence entre le rap old school et le rap actuel c’est qu’avant ils voulaient changer le monde. Aujourd’hui c’est plus individualiste. Et parfois ça me rend fou, parce qu’on a pleins de choses à dire. Pour moi c’est l’expression, le partage et la solidarité. C’est ouvrir des voix, transmettre.
Le rap a-t-il perdu son caractère politique ?  
On peut faire un rap très engagé comme on peux faire du rap pour faire marrer tes potes en soirée. Mais dans tous les cas tu t’exprimes. C’est aussi ça le partage. Le rap est un des grands moyens d’expression du hip hop, parce qu’il y a la parole. Ce qui permet aux rapeurs de raconter ce qu’ils vivent. Mais il y a de tout dans le rap. Certains artistes sont forts dans l’aspect technique, scénique… D’autres comme Lorenzo sont là pour divertir. C’est le troll rap. Un personnage qui va à fond dans son délire. Et ça marche très bien auprès des jeunes.
Comment définir le rap s’il n’est plus revendicatif ? 
C’est une façon d’écrire, de composer. On se sert beaucoup de sample, la musique assistée par ordinateur a été révolutionnaire car elle a permis de composer sans limite, d’aller piocher des séquences de jazz, de flûte… Le rythme aussi est une caractéristique du hip hop, mais ça a été cassé avec un rap plus planant et mélodieux, le « cloud rap ». Mais l’origine du rap reste la revendication. Ce n'est pas casser des voitures pour se faire entendre. Et aujourd’hui il y a encore beaucoup à faire entendre. 
Quel avenir pour le hip hop ? 
Le hip hop s’est inspiré de pleins de choses: jazz, disco, soul, et même techno. C’est de la diversité, de l’inventivité. On ne se fixe pas de limites. On essaie, et c’est comme ça que le rap évolue. Je pense qu’on a encore beaucoup à apprendre des musiques du monde. Le hip hop est une culture qui ne demande qu’à s’ouvrir. On a nos codes bien sûr, mais il y a  encore beaucoup à inventer.
Le rap s’est peut-être dépolitisé, mais il s’est sociabilisé. En utilisant les réseaux sociaux, en touchant plus de monde… Ce n’est pas prêt de s’arrêter. Parce que si tu enlèves la culture à une personne, tu leur enlèves tout. Sans ma culture hip hop, je suis vide. 

Propos recueillis par Louise Reymond.
Photo : Tarik Bouzid devant la péniche mytoc