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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Pas facile d’avouer son amour quand on est un petit macho des quartiers dits sensibles. Surtout quand la belle fait le trottoir ! Un premier film très prometteur.

Shéhérazade Deux anges en enfer

«Je respecte les femmes, pas les putes !»
Dès les premières minutes, le ton est donné. Zac sort de prison. Mineur, voleur… Ses copains l’embarquent dans un quartier chaud de Marseille pour fêter ça. Il se retrouve face à une jeune fille qui tapine. Mais qui refuse de monter avec lui. Shéhérazade. Un caractère. Elle finit par accepter. Il la paye avec une barrette de shit qu’elle empoche avant de prendre la fuite… Le début d’une histoire d’amour, compliquée, puisqu’il devient son proxénète. Deux belles gueules de paumés.
Elle continue l’abattage, en rapportant sa liasse de billets tous les soirs avant de s’endormir en suçant son pouce. Alors que lui exige une lumière, «J’ai peur du noir», tout en apprenant à gérer un trottoir, se méfier des clients louches. Et des voyous qui tentent de racketter sa protégée. Puis il prend goût à ce job. Argent facile, grosse moto, tee-shirt et baskets branchés, virées en boites de nuit…
«C’est une pute, je m’en bats les couilles»n affirme le jeune amoureux à ses potes qui s’inquiètent et le provoquent. Ça va mal tourner bien sûr. Shéhérazade violée, tabassée… Va-t-il dénoncer les coupables devant le juge qui l’interroge ? Pas sûr car il faudrait avouer qu’il l’aime, «la honte». Sa mère lui conseille de se taire «T’es pas une balance !». Alors qu’une collègue de la jeune fille lui glisse : «Fais l’homme jusqu’au bout, assume !».
Un film tourné comme un documentaire, des images brutes. Deux acteurs débutants très nature. Un rythme soutenu, pas de grands discours. Des dialogues qui ressemblent à ce qu’on entend tous les jours, à base de «wesh» et autres «nique ta mère». Avec toujours cette sensibilité à fleur de peau où le «respect» est essentiel mais où on ne respecte pas grand chose. Au milieu de ce chaos, des parents, eux-aussi paumés, donc absents. Et des éducateurs admirables.
Dernières minutes. Zac à nouveau en prison qui rêve face à sa Shéra derrière les grilles. «J’espère qu’on aura une vie comme tous les gens normal». Un normal qui annonce que ce ne sera pas facile !

«Shéhérazade» de Jean-Bernard Marlin avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli… 1h49