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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Si vous le prenez de haut….

«La vie de secrète des écrivains» est condamné au succès. Comme les dix-sept romans que le champion Guillaume Musso a publié depuis dix-sept ans.

Le minimum c’était d’acheter le dernier Musso à Carrefour. Et là surprise, au rayon livres : «Musso ? Connais pas !», répond un employé en s’excusant. On lui explique que «c’est tout simplement celui qui vend le plus de livres en France». Et là ça l’interpelle ! Il passe un coup de fil à sa femme, «Elle connait» Puis à son chef. «Musso est en caisse !»

Pas un hasard pour ce serial writer avec 32 millions de livres vendus, rien qu’en France. Record auquel il faut ajouter 44 traductions qui ont arrosé la planète.

Alors faut-il pour autant cracher sur ce Musso ? Non, il faut le lire d’abord. Une première pour mytoc ! 

Le sujet est tentant : «La vie secrète des écrivains». Titre étrange car il s’agit en fait du secret d’un écrivain, Natan Fawles, du génie et un immense succès, qui soudain a cessé d’écrire et qui, depuis, vit cloîtré dans une petite île de la Méditerranée. Une réserve de privilégiés style Porquerolles où il a acheté une villa bunker au bord de l’eau. Le décor est planté. Reste à dérouler une histoire à tiroirs. Un jeune écrivain débarque sur l’île pour tenir la librairie. Puis une belle journaliste. Tous deux bien décidés à percer le mystère de ce silence. Et il se font jeter par Fawles. Un type qui ne lâche jamais son fusil et sa mauvaise humeur.

On ne vas pas raconter la fin de ce roman même si ce n’est pas l’envie qui manque ! On va quand même balancer qu’au coeur de l’intrigue, il y a un triple meurtre commis 20 ans plus tôt à Paris et qui n’a jamais été élucidé. 

Alors que dire de ces 348 pages, imprimées en gros cratères ? D’abord que ça se lit facile. Une évidence. Deux-trois heures maximum. Et on ne s’ennuie jamais. Jusqu’à final. Happy end évidemment. 

Un style aussi : no style justement. Tout un art. Extrait : «Située à trois quarts d’heure de bateaux des côtes varoises, l’Ile de Beaumont avait la forme d’un croissant. Un arc de cercle d’une quinzaine de kilomètres sur six de large. On la présentait toujours comme un écrin sauvage et préservé. Une des perles de la Méditerranée où alternaient criques aux eaux turquoises, calanques, pinèdes et plages de sables fin. La coté d’azur éternelle…»

Tout est très factuel, froid, précis… On dirait une traduction française d’un polar américain. Et après tout pourquoi pas.

Pas de considération fumeuse, pas de psychologie subtile non plus, ce qui est reposant. Service minimum donc, y compris quand il parle littérature : «Un roman c’est de l’émotion pas de l’intellect. Mais pour faire naitre des émotions, il faut d’abord les vivre». 

En revanche, une belle construction pour pousser le suspens. De la première à la dernière ligne, il sème des mots balises, alerte ou fausse alerte, qui annoncent la suite quelques pages plus loin. Du métier ce Guillaume. 

Et au passage, le champion olympique des best sellers, règle ses comptes. Avec tout ceux qui ont pris de haut cet ancien prof de lycée : journalistes forcément imbéciles, éditeurs méchants, libraires intellos, écrivains à la mode… Sans oublier ces maudits réseaux sociaux. 

Une fois encore, pourquoi pas. Les goûts et les dégoûts, ça ne se discute pas. Y compris littéraires. 

Alors si vous n’avez jamais lu un Musso, n’hésitez pas. Une expérience. Surtout si vous le prenez de haut, il vous attrapera, mine de rien, par le bas. 

«La vie de secrète des écrivains» de Guillaume Musso, éditions Calmann Lévy, 347 pages, 21,90 euros.