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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Terribles ces Bambini mafiosi !

Après le succès de «Gomorra», Roberto Saviano poursuit son exploration de la mafia. Un roman où des ados font régner la terreur sur Naples. Et qui vient d’être adapté au cinéma, «Piranhas».

«Get rich or die trying» 

La phrase clef de ce roman. La richesse ou la mort, devise des nouveaux caïds de Naples. Des gamins de 15 ans à peine. Mais décidés à s’imposer coûte que coûte. Le plus déterminé, Nicolas, leur chef. Regard perçant. Il a honte de sa famille. Une mère qui tient une teinturerie et un père prof de sport «qui ne sait pas se faire respecter». Un petit frère pour qui il veut devenir un modèle. 

Pour lui, le monde se divise en deux : «Les baiseurs et les baisés». Et il ne veut pas tomber du mauvais coté. Son initiation : vendre du shit, «pratique et sans risque». Puis il va gravir les échelons pour enfin obtenir «une place de deal», un coin à lui pour développer son business. 

Il va alors monter une «paranza», un groupe très soudé, comme l’ont fait ses aînés. Mais également trouver une planque, des scooters et quelques armes. Des surnoms aussi, pour faire plus pros : Maharaja, Oiseau mou, Dentino, Drago, Drone, Jveuxdire, Biscottino, Tucano, Briato et Lollipop. 

Mais pas simple d’exister dans cet univers mafieux quand on est à peine sorti de l’école. «Trop jeunes, pas beaucoup de poils et aucun signe sur le visage, pas même une cicatrice gagnée par hasard». En plus, il faut rassurer ses parents : «M’man t’inquiète pas…».

Première humiliation quand Nicolas se procure des armes : «Vous savez pas tirer, vous savez pas les nettoyer, vous vous ferez mal». 

Pour apprendre, ils «matent» des vidéos sur Youtube, sont «accros» à «Call of Duty», un jeu de guerre évidemment, et regarde en boucle «Le maitre de la Camorra». Puis ils passent de la théorie à la pratique, dans les rues de Naples. 

«Devenir féroces, c’était la seule manière pour eux d’être pris en considération». Si jeunes mais déjà arrogants et vulgaires, désinvoltes et violents. «La peur qu’ils lisaient chez les autres leur procurait du plaisir». L’argent devient leur moteur. «Ils pensaient aux portefeuilles usés de leurs parents qui trimaient toute la journée, qui se brisaient l’échine au boulot, et ils pensaient avoir compris mieux qu’eux comment on occupe sa place dans le monde». Des gamins impatients qui vont finir par se «cramer».

Après le succès de «Camorra», qui s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires avant d’être adapté au cinéma et à la télévision, Roberto Saviano signe un nouveau roman très réussi. Toujours inspiré d’histoires vraies avec ces enfants qui règnent sur Naples, sa ville natale où il ne peut plus mettre les pieds. Sous protection policière, Roberto Saviano n’a pas pu enquêter sur le terrain, obligé cette fois de travailler à partir de documents et d’écoutes téléphoniques. Et ça se ressent. Malgré une histoire passionnante, les personnages sont moins incarnés. Mais on retrouve bien son style, direct et percutant. Très oral. Un roman adapté au cinéma par Claudio Giovannesi, qui avait déjà tourné la troisième saison de «Gomorra» pour Canal +. Sortie très attendue, ce mercredi 5 juin. 

«Piranhas» de Roberto Saviano aux éditions Gallimard. Adapté au cinéma par Claudio Giovannesi avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto… Durée : 1h52.