0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Tous nuls à chier !»

Christophe Alévêque est au Toboggan le 27 avril pour sa fameuse «revue de presse». Interview express de cet humoriste phénomène. Surprenant !

5 minutes, pas une de plus pour une interview. Difficile de jouer les prolongations car l’artiste, en plus d’être submergé par son succès, a du métier. D’ailleurs il commence par raccrocher ! «Je suis dans la rue, vous pouvez me rappeler ?» Mais il rappelle quelques instants plus tard. Cinq minutes pas plus. On va réussir à frôler les 15 minutes. 
Je lui explique d’abord que je suis stagiaire et que je remplace au pied levé ma chef qui l’adore et sait tout sur lui. Tout ça pour lui demander comment il réagirait s’il rencontrait quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de lui. 
«J’en croise tous les jours des gens qui ne me connaissent pas…»
J’insiste : Et ça vous agace ?
«Non au contraire, ça m’arrange car j’aime bien qu’on me foute la paix !»
Pas facile de faire rire le matin. 
Et comment alors il se présenterait en deux mots à ces gens qui ne le connaissent pas ? 
«Comme un pitre, un bouffon…» Une hésitation et il ajoute : «Un peu psy».
Christophe Alévêque parle sec, bref. Souvent pas de verbe dans ses phrases. Et il enchaine : «Y a beaucoup de boulot aujourd’hui pour les psy. D’ailleurs mes revues de presse se sont transformées en thérapies collectives. Les gens rient de ce que je raconte, mais ça va bien au-delà. Plus c’est pire, plus je dis des horreurs que je n’invente pas, plus ils rient. Je n’ai jamais vu ça !». 
On lui suggère que pourtant c’est à pleurer… 
«Si je ne me défoulais pas sur scène je serais devenu serial killer…»
On a eu de la chance. 
Pas drôle cette interview. Classique, parait-il, chez les humoristes quand il ne sont pas sur scène. Exemple quand on lui demande s’il avait à choisir entre sa mère esthéticienne, son père instituteur et sa soeur journaliste… Question marrante, hein ? On s’attend à une improvisation à mourir de rire. Mais non, il répond «les trois, je suis fier de mes origines». Et il enchaine en précisant qu’il retourne souvent dans son patelin de Montceau-les-Mines où il a une maison pour voir sa famille. 
On profite de ses origines périphériques pour lui suggérer un soutien aux Gilets Jaunes. Mais ça tombe à plat : «J’en comprends certains, je comprends les gens qui ont en ont marre… Mais ça ne veut rien dire Gilets Jaunes».
On tente la gauche, son biotop, surtout lui qui a présenté sa vraie-fausse candidature aux élections présidentielles de 2012 : 
«Ils sont tous à chier. Nuls à chier. De gauche à droite en passant par le centre. Incapables de s’assoir ensemble à une table pour parler, incapable de gouverner ensemble…» 
«Ensemble», il va répéter ce mot vingt fois, comme un rêve impossible.
Pas un seul n’échappe à ce réquisitoire, au pouvoir comme dans l’opposition ?
«Pas un seul. Je les trouve pathétiques. Et même dangereux car ils jouent avec le feu». Le feu à la démocratie. 
Mais le saltimbanque n’a pas de solution, évidemment. Sinon d’en rire avec sa revue de presse. 
«Je ne parle pas que de politique. Mais de faits divers, d’économie, de météo… Un fouillis général dans lequel personne n’arrive à se retrouver». 
Celui qui a joué son premier solo à Lyon, à l’Accessoire, «en 1991, la vache», ne voit pas le temps qui file. Et il en soupire : «Je ne veux pas jouer les vieux cons qui répètent c’était mieux avant mais je préfère avoir 50 ans aujourd’hui que 20 ans».
Et pourquoi ça ? «Parce que je les plains, ces jeunes d’avoir à démarrer leur vie dans cette folie qu’on est train de vivre… Un monde individualiste et violent, sans repères. Alors que nous, il y a 30 ans, il suffisait de traverser la rue pour trouver un  boulot, on avait une incroyable liberté, une insouciance…»
Du coup, son spectacle, on n’en n'a pas parlé. 15 minutes déjà. Deux mots donc pour dire que cette revue de presse lyonnaise sera «hors catégorie» avec «50% d’impro» mais surtout «pas de limite, pas de cadre, une liberté totale». 
A ne pas manquer. En espérant qu’il y a aura du Collomb, du Barbarin, du Wauquiez et autres «nuls à chier».