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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Tout est politique !»

A peine 30 ans et déjà un joli parcours. Etienne Gaudillère présente au Théâtre de Villefranche son «Pale blue dot» inspiré de l’affaire Wikileaks. Après avoir fait la clôture cet été du Festival d’Avignon. Interview.

Pourquoi vous intéressez-vous à l’affaire Wikileaks ? Etienne Gaudillère : J’ai découvert en 2010 ce réseau de lanceurs d’alertes créé par Julien Assange pour diffuser des documents confidentiels sur la guerre Irak-Iran. Il me semblait important d’en parler car cela révèle comment est traité l’information et l’actualité aujourd’hui. Mais ce sont les protagonistes de cette histoire qui m’ont également intéressés car ils se battent pour plus de transparence mais ils ont, eux aussi, des failles. Une histoire très humaine où les sentiments dominent. Trahison, drague… Qu’est ce qui vous plait dans ces personnages ? En fait, j’ai découvert des espions modernes qui misent d’abord sur l’information. Ce qui, au fond, a beaucoup d’impact sur notre vie quotidienne. D’ailleurs, je diffuse des images marquantes de 2010 quand l’affaire Wikileaks a éclaté : la sortie du livre de Stéphane Hessel «Indignez vous», la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud, la bande annonce de la série «Sherlock»… J’utilise aussi des tubes de l’époque : «Alors on danse» de Stromae, «Love the way you lie » de Rihanna… Mais aussi «Telephone» de Lady Gaga qui joue un rôle dans cette affaire. Comment vous êtes vous documenté sur cette affaire ? Pendant un an, j’ai regardé de nombreux reportages, j’ai lu des livres sur les Anonymous. J’ai également utilisé un documentaire d’Arte, beaucoup d’articles de presse… Et au cours de mes recherches, je suis tombé sur des conversations internet entre l’informatrice Chelsea Manning et le hackeur Adrian Lamo, au coeur de ce scandale. 53 pages que j’ai traduit et adapté. Un document qui est devenu le fil rouge de ma pièce. Mais j’ai aussi imaginé certaines scènes. Comme cette réunion dans les bureaux du Guardian car il n’existe aucune trace de ce huis-clos confidentiel. Etes-vous dans la réalité ou la fiction ? Je suis très proche de la réalité. Mais j’ai pris de libertés avec la chronologie. Exemple : j’ai créé un fantôme, un personnage mort en 2007 alors que la pièce se déroule en 2010. Un pur élément de fiction mais qui dit la vérité. Il y a aussi une scène où je réunis tous les personnages y compris Hillary Clinton. Et tout le monde règle ses comptes. Ce qui n’est jamais arrivé ! Mixer réalité et fiction, c’est ce qui est intéressant au théâtre. D’autant plus que je ne voulais pas tomber dans du théâtre documentaire mais faire vivre cette histoire. C’est du théâtre engagé ? Non. Même si je mets en scène des histoires politiques. Car je n’apporte pas de réponse. Il n’y a pas de héros ou d’anti-héros. Je préfère laisser le public se faire son propre jugement. D’ailleurs, je ne pense pas que le théâtre puisse changer le monde. En revanche, il peut montrer le monde tel qu’il est. Et inciter les spectateurs à mieux s’informer, réfléchir. Comment avez-vous réussi à être programmé au Festival d’Avignon ? Quand son directeur Olivier Py est venu voir ce spectacle à Lyon, il nous a dit : «Voilà la définition du théâtre populaire !». Pour lui, on arrivait à rendre accessible un sujet complexe. Sans tomber dans le travers «politiques tous pourris ». Pourtant une pièce de 2h20 ce n’est pas toujours très accessible ! La durée n’a jamais été un problème. D’ailleurs, personne ne nous a jamais dit que s’était trop long. On a même un monologue en alexandrin, mais ça passe. Car j’ai une écriture très rythmée, proche du cinéma. Vos projets ? Le Festival de Cannes ! Mais là encore sous un angle politique. Ce qui est méconnu. Pourtant, ce festival a été créé par le ministère de la Culture. Avant d’être pris dans les tourments de la guerre froide, puis de devenir un enjeu économique… D’où vous vient cette passion pour la politique ? Je ne suis pas encarté. Mais je suis convaincu que tout est politique, comme Rousseau. Notre façon de vivre, de penser, de s’habiller, notre sexualité… L’avantage avec le théâtre c’est qu’on peut se mettre à la place de ceux qui décident, qui ont le pouvoir. En revanche, je ne suis pas dans le jugement des hommes. Ce qui m’intéresse ce sont les rapports entre l’intime et le collectif. Et comment le politique est toujours en tension entre ces deux pôles. Propos recueillis par Nadège Michaudet «Pale blue dot» le 14 janvier au Théâtre de Villefranche.