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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Tricheur ou magicien ?

Une exposition à la Sucrière qui présente 200 des plus célèbres clichés de la star de la photo, Steve McCurry. Et une question en suspens. A chacun de répondre !

“Ma vie a été incroyable…” 

C’est l’artiste lui-même qui s’exprime dans une vidéo en ouverture de l’exposition qui lui rend hommage à la Sucrière, au coeur du quartier de la Confluence. Steve McCurry, vieux bonhomme souriant, crâne chauve et moustache grisonnante, dont les photographies ont fait la couverture des plus grands magazines et qui remporté les prix les plus prestigieux. Une star. Pas très étonnant que cette exposition aie déjà attiré plus d’un million de visiteurs dans plusieurs grandes villes européennes. 

Première salle, des photographies en noir et blanc pour raconter la guerre en Afghanistan. Grands portraits de Moudjahidins sur fond de désert. Des enfants aussi, prenant la pose, armes à la main. Des images qui l’ont révélé au grand public. En 1980, il parvient à entrer clandestinement dans ce pays occupé par les Soviétiques, qui ne laissent aucun journaliste franchir la frontière. Une notoriété qui lui permettra de passer le reste de sa vie à parcourir le monde avec son appareil. Inde, Tibet, Ethiopie, Yémen, Colombie, Mali, Cuba, Japon... 

Suite de l’exposition avec une galerie de portraits qui surgissent de l’obscurité : hommes, femmes, enfants de tous pays photographiés en plans serrés. Anonymes qui révèlent leur origine et leur culture sur leurs visages, vêtements, coiffures ou bijoux. Mais aussi souvent les ravages de leurs guerres. Des regards surtout, directs, intenses. La force de ces portraits et la signature de ce photographe qui a cherché sans relâche ces regards capables de “révéler une vie”. C’est d’ailleurs ce qui va le consacrer. Avec sa fameuse réfugiée afghane aux yeux verts, véritable Joconde qui a fait le tour du monde. Célébrée une fois de plus par cette exposition. 

Le voyage continue avec un mineur afghan, yeux bleus et visage noir, des moines shaolin en tenue traditionnelle suspendus la tête en bas, un fermier colombien style cow-boy dans la lumière du soir, une belle éthiopienne aux seins nus… 

Des paysages aussi : une ville indienne et ses maisons peintes en bleu, les déserts en feu de la première Guerre du Golf, un temple majestueux au milieu d’une jungle émeraude, un pêcheur dans la brume féérique d’un lac birman, des ruines à perte de vue dans l’Afghanistan dévasté ou le Japon post-tsunami… 

Tout est beau. Jeunes ou vieux, beaux ou moches, oasis ou bidonvilles, guerres ou paix. Trop beau pour être vrai ! Mais en parcourant cette rétrospective géante on finit par comprendre la “recette” de ce photographe star qui a fait ses premières armes en étudiant le cinéma. Couleurs qui tabassent en privilégiant les contrastes, jeux de symétrie, lignes de forces qui guident l’oeil… Et ces satanés regards qui ne nous lâchent pas. 

Résultat : des “tableaux” qui frappent, séduisent. Lisibles d’un simple coup d’oeil. 

Les audioguides distribués à l’entrée diffusent les commentaires du photographe himself qui tartine : “Cette photo est un morceau d’histoire”. Ou encore : “J’étais sûr que cette photo allait être extraordinaire”… Une auto-célébration un peu agaçante. 

Un mystère ce photographe et ses cartes postales qui déplacent les foules. Une enquête de cinq minutes sur Google permet de confirmer qu’il ne fait pas l’unanimité : un scandale pour retouche photoshop, des témoignages de modèles qui avouent avoir “pris la pose”… Et des confrères qui critiquent durement ses images. Mais l’intouchable aux 2,6 millions d’abonnés sur Instagram a de la répartie : “Je suis un conteur visuel, pas un photojournaliste”.

Tricheur ou magicien ? Il suffit d’aller voir cette expo pour découvrir si ce McCurry vous exaspère ou vous ensorcèle.

Le monde de Steve McCurry, à la Sucrière jusqu’au 26 mai, 50 quai Rambaud, Lyon 2ème, tarifs de 8 à 13€

Agathe Archambault